Comité Surveillance OTAN
Guerres en cascade d’un empire contesté
Grégory D’Hallewin
2 mai 2026

Après la chute de l’URSS, les USA ont continué les guerres d’ingérence, davantage poussés par l’hubris que par la défense d’intérêts. Et avec des conséquences humaines létales. Mais des pays leur font à présent face, porteurs d’une vision du monde moins déséquilibrée.

Dans le chapitre XXIII du premier livre de son Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide va directement dans le vif du sujet. Il affirme que « la cause véritable, mais non avouée » de ce conflit était l’affirmation et la puissance d’Athènes ainsi que la crainte que cette dernière inspirait à Sparte. Il a été précédé par plusieurs crises localisées.  Même si comparaison n’est pas raison, on peut trouver certains points communs avec la situation actuelle. En effet, une série de nouveaux pays s’affirment sur la scène mondiale. Au premier chef se trouve la Chine, qui s’est constitué un réseau d’alliés, comme la Russie et l’Iran. Cela inquiète les USA. Et cela offre un prisme de lecture aux ingérences auxquelles ils se livrent depuis trente ans.

La guerre du Kosovo

Alors qu’au départ, Washington semblait privilégier la Ligue Démocratique du Kosovo d’Ibrahim Rugova, le dévolu de l’administration Clinton se porta sur l’UCK, pourtant considérée au départ comme une organisation terroriste. En juin 1998, Richard Holbrooke, envoyé spécial de la Maison Blanche, se fait photographier en compagnie de deux de ses dirigeants en armes.  L’UCK lance donc une série d’attaques contre le Kosovo. Le 23 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 1199, selon laquelle les Serbes doivent retirer leurs unités spéciales de police de Pristina, ce qu’ils font effectivement, tandis que l’UCK reprend ses anciennes positions.

En février 1999 s’ouvre la conférence de Rambouillet. L’ex-Premier ministre australien Malcolm Frazer la caractérise comme suit : « A Rambouillet, il n’y a pas eu de négociations. Cette initiative diplomatique paraissait déterminée à fournir un prétexte à la guerre ». Une guerre menée contre la volonté politique du Congrès. Septante-huit jours et nuits de bombardements du territoire serbe, tuant de nombreux civils, avec largage de bombes à fragmentation et de bombes à uranium appauvri. Quant aux persécutions des Albano-Kosovars, elles n’ont commencé qu’après le lancement des bombardements de l’OTAN. Des chiffres « timisoariens » furent avancés à l’époque. Finalement, le nombre de corps retrouvés par le Tribunal Pénal International s’élève à 3685. Mais la boîte de Pandore est ouverte pour les guerres ultérieures…

Afghanistan, Irak, etc.

La peur et son exploitation à des fins politiques sont des armes redoutables. Nous avons pu le constater après les attentats du 11 septembre 2001. L’agenda guerrier de Washington se trouve ainsi légitimé. La première cible est l’Afghanistan. Puis viendra l’Irak. Dictée par l’hubris, l’invasion de ce dernier aurait dû être une opération de courte durée. Elle débouchera sur un embourbement comparable à celui au Vietnam.

Le rapport bipartisan de la Commission présidentielle et du Congrès de 2004 sur le 11 septembre affirme que les attentats ont appris « que le terrorisme contre les intérêts américains ‘là-bas’ doit être considéré de la même manière que le terrorisme contre l’Amérique ‘ici’. Dans ce sens, la patrie américaine est la planète tout entière ».

Dans son célèbre – et inquiétant – ouvrage Le Grand Echiquier, Zbigniew Brzezinski écrit avec franchise que « les trois grands impératifs de la géostratégie impériale sont d’empêcher la collusion et de maintenir la dépendance sécuritaire des vassaux, de garder les nations tributaires sous notre protection et d’empêcher les barbares de se coaliser ». L’ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter ajoute que les USA sont une « société qui transforme le monde » et qui est « révolutionnaire dans son impact subversif sur la politique internationale fondée sur la souveraineté ». Cette politique subversive peut amener Washington à des alliances pour le moins douteuses, comme celle avec Israël et comme celle avec des organisations néo-bandéristes en Ukraine. Ses conséquences humaines sont dévastatrices. Selon un rapport de l’université Brown, le nombre de personnes déplacées en conséquence directe des guerres américaines s’élève à au moins trente-sept millions, soit plus que celui de gens déplacés sur le vieux continent durant le deuxième conflit mondial. Et selon les travaux du chercheur Nicolas J. S. Davies, le bilan total des ingérences américaines post-11 septembre est de cinq à sept millions de morts.

Deux visions du monde

La crise financière de 2008 a dopé le sentiment de révolte face aux inégalités extrêmes portées par le capitalisme financier mondialisé. Celui-ci repose sur le pouvoir d’une caste qui s’est certes affranchie du principe de souveraineté, mais aussi sur un appareil militaire qui ponctionne chaque année plus de 1000 milliards de dollars d’argent public. Et qui sert donc aussi à lutter contre les pays entendant maintenir un pouvoir de réglementation de l’économie.

L’empire a perdu le contrôle de la Russie grâce à la politique menée par Vladimir Poutine depuis 1999. La Chine et l’Iran lui tiennent tête également. On peut lire cet affrontement non seulement comme celui de puissances défendant leurs intérêts, mais aussi comme celui de visions du monde antagonistes : d’un côté, un monde unipolaire caractérisé par un capitalisme financier prédateur ; de l’autre, un monde multipolaire fondé sur des États souverains réglementant leur économie dans un but développementaliste. 

Autres textes de Grégory D’Hallewin sur le site du CSO