21 janvier 2016
Cinq jours à Damas nous ont laissé du temps pour flâner dans la vieille ville, guidées par des amies ou sans parcours déterminé, chacune selon sa curiosité.  Mardi matin, Marie nous emmène vers la mosquée des Omeyyades. C’est bien d’y arriver à pied par ces ruelles tranquilles. Au fur et à mesure qu’on approche du centre historique, nous apercevons des vestiges monumentaux intégrés dans l’habitat ordinaire. Dans ces rues l’architecture antique est dans la vie quotidienne, offerte aux passants. Parmi lesquels nous croisons des jeunes parents avec leurs nouveaux-nés, souvent portés par les pères, les jeunes femmes marchent à côté d’eux, je demande l’âge, je montre la photo de mon petit-fils à peine né : on échange -avec ou sans traduction- les compliments et les voeux. Dans la Syrie martyre il y a des jeunes couples qui restent dans leur pays, font des enfants et sont heureux de les montrer aux (...)
3 janvier 2016
Conversations, fanfares, percussions et explosions. Lundi soir 12 octobre, nous avons été voir Dora, que j’avais rencontrée le dimanche 13 novembre 2011, pour lui remettre de l’argent à faire parvenir[1] à la famille de R. pour les aider à se chauffer pour l’hiver. J’écris ceci après avoir eu ce matin des nouvelles de Syrie : il a neigé hier, 1er janvier 2015, à Damas. Il a neigé aussi dans le village où nous étions. Je réalise que nous n’avions pas beaucoup souffert à Damas des coupures d’électricité car à l’hôtel des étoiles, comme dans les restaurants, il y a un groupe électrogène qui prend le relais à chaque coupure. Mais chez les particuliers, dans Damas comme ailleurs, ces coupures rendent la vie quotidienne très (...)
19 décembre 2015
"Ceux que nous rencontrons en Syrie sont vraiment en vie, c’est-à-dire conscients, lucides. Quand la mort et le malheur surgissent beaucoup plus fréquemment et moins raisonnablement qu’on ne s’y attend, on finit par être obligé d’aller chercher ce qu’est l’intérêt de la vie et où on le trouve, avec et malgré l’adversité. Epicure, enseigne dans « Vivre à Damas » le professeur de philosophie français retraité, revenu au lycée Charles de Gaulle. Oui, L’art d’être heureux par gros temps. Avec les espoirs : « les espoirs qui ont un destin à accomplir, qui est de naître les uns des autres, cela explique que malgré tant de déceptions ils n’aient pas encore disparu du monde »."
11 décembre 2015
Vendredi 9 octobre, après-midi, des informations reçues de Damas vont nous faire écourter notre séjour au monastère, nous devrons partir dimanche. Je réalise que nous n’avons pas encore organisé certaines rencontres projetées avant de venir en Syrie, pour notre séjour à Qâra : enseignants du primaire qui sont restés à leur poste tout le long de la crise (sauf pendant l’occupation par les terroristes, en novembre 2013), atelier de tissage de tapis traditionnel en cours de lancement, et ceux qui travaillent dans la région avec les « déplacés » syriens, c’est-à-dire : les habitants qui sont venus se réfugier dans les zones contrôlées par le gouvernement, après avoir quitté leur foyer dans les zones menacées ou occupées par les groupes armés (Armée syrienne libre, Etat Islamique -Daesh-, Al Nosra et autres groupes terroristes formés ou reformés pendant les presque cinq années de crise en Syrie). Personne, inversement, ne nous a parlé de Syriens ayant (...)
25 novembre 2015
En ces jours où nos politiciens irresponsables et médias peu talentueux nous font tremper dans la peur et la morosité, je modifie à nouveau la chronologie de mon récit pour vous faire part de la façon dont certains résistent à l'agression terroriste en Syrie. Hauts les choeurs. Au monastère de Mar Yakub, dimanche matin 11 octobre. Rencontre imprévue avec le Père Georges, curé de la paroisse grecque-catholique -autrement dit melkite- de Qâra. Il est venu faire travailler des chants liturgiques byzantins à certaines religieuses1 et dire la messe pour remplacer le Père Daniel qui la dit tous les jours au monastère. Claire-Marie, au dernier moment : «allez lui demander de vous raconter ce qu'il a fait au moment du siège de Qâra» par les terroristes (novembre (...)
9 novembre 2015
« ...Qu’entendrez-vous de tous ces combats dans nos médias ? A peine quelques mots sur le désenclavement et ravitaillement d’Alep par l’Armée syrienne jeudi 5 novembre. La communication « française » se fait maintenant autour du Charles de Gaulle, et de la nécessité de protéger la France en bombardant –couci couça- certains terroristes en Syrie. [...] Dans les villages assiégés ou investis depuis quelques jours par Al Qaeda et l’Ei, à quelques kilomètres de Mar Yakub, les groupes de défense populaires entraînés par l’Armée syrienne résistent, pour barrer la route à ceux que nous avons armés. »
1er novembre 2015
« J’ai vu vendredi matin (Arrêt sur info ; pas dans nos médias évidemment !) un reportage vidéo pour Russia Today de la journaliste Lizzie Pheelan -vraie journaliste, pas les propagandistes Laroche-Joubert et Olliéric- sur l’engagement de l’Armée syrienne à Palmyre ces jours-ci (évidemment rien à ce sujet dans nos médias qui pendant ce temps nous occupent comme ils peuvent). Les soldats que nous avons rencontrés doivent y être. C’est ce qui m’a fait interrompre l’ordre chronologique de ce récit. Pour vous parler avant tout de ces combattants discrets, lucides, défendant leur pays et aimant la vie. Protégez vos vies, soldats de l’Armée arabe syrienne et combattants du Hezbollah, comme vous protégez celles du peuple syrien ; et les nôtres. »
29 octobre 2015
« Je reviens d’un séjour de deux semaines en Syrie, à mon initiative après avoir été contactée en octobre 2014 par Mère Agnes-Mariam de la Croix : elle me demandait de constituer un petit groupe pour, comme en novembre 2011, venir voir la situation sur place et en témoigner ici à notre retour.[...] Une année a été nécessaire pour mettre ce projet à exécution. Finalement il s’est trouvé que notre séjour en Syrie a eu lieu à un moment qu’on peut qualifier d’exceptionnel : quelques jours après le début de l’offensive de l’aviation militaire de la Fédération de Russie, en soutien et à la demande du Président al-Assad. On ne pouvait mieux tomber, dans le climat de soulagement et d’espoir renaissant du peuple syrien et de son armée. Et de sécurité accrue dans une grande partie du territoire que l’Armée syrienne et les combattants du Hezbollah libèrent de jour en jour des mercenaires takfiristes et autres rebelles très peu modérés que nos gouvernants ont soutenus.»
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