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Le moment "Berlin Ouest" d'Obama

M K Bhadrakumar
5 septembre 2014
source : INDIAN PUNCHLINE
http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/M_K_Bhadrakumar/Obama_Ukraine_OTAN_Tallinn_Poutine_040914.htm

La visite du Président américain Barack Obama à Tallinn, en Estonie, était parfaitement réglé. Il était en route pour le sommet de l'OTAN au Pays de Galles, programmé pour le lendemain, où le leitmotiv attendu était la crise en Ukraine et la perception de l'alliance que la Russie est un adversaire. Le plus important est qu'il se trouvait à portée du Kremlin. Comme l'on pouvait s'y attendre, la rhétorique du discours d'Obama à Tallinn était fleurie.

Obama a fait une vaillante tentative d'imiter le célèbre discours de 1963 de John Kennedy « Ich bin ein Berliner » ["Je suis une boule de Berlin"]. Mais, alors même qu'il s'exprimait, l'information est tombée concernant un cessez-le-feu entre les forces du gouvernement ukrainien et les séparatistes de l'Est de l'Ukraine. Evidemment, on pouvait reconnaître aisément la main de Vladimir Poutine derrière ce développement.

Une fois encore, Poutine a pris de court Obama. Le président américain a raté de peu son moment berlinois. Beaucoup de ce qu'Obama a dit à propos de l'« agression » de la Russie contre l'Ukraine a été rendu superflu. La probabilité semble élevée que le conflit à l'Est de l'Ukraine soit gelé pour l'instant présent. Une ligne d'armistice pourrait prendre forme au sud et à l'est de Donetsk et de Lougansk.

Dans cette éventualité, la rhétorique véhémente d'Obama à Tallinn ne peut que sonner comme une note discordante. L'Europe, y compris même la Grande-Bretagne, a semblé soulagée en entendant parler du cessez-le-feu. La vérité est que les dépenses accrues pour la défense de la part des puissances européennes, ce que Washington a poussé, sont irréalistes et que la baisse des tensions en Ukraine est ce que ces pays espèrent, alors que leurs propres économies sont prises dans la tourmente budgétaire.

S'exprimant lors de l'événement annuel majeur, la conférence du ComDef 2014, qui s'est tenu à Washington mercredi, le vice-président pour la politique de défense et de sécurité du groupe de réflexion bien connu, Heritage Foundation, James Carafano, a formulé sans ambages la situation difficile des Européens : « Voulez-vous vraiment que certains de ces pays européens voient des augmentations à deux chiffres de leurs dépenses de défense. Parce que s'ils le faisaient, ils déglingueraient complètement leurs économies nationales ».

Dans une référence indirecte à Obama, il a ajouté : « Je suis un peu mort de honte lorsque les dirigeants américains se rendent dans les pays européens et leurs disent, 'Vous devez dépenser plus pour la défense'. Parce que leurs indicateurs budgétaires sont encore pires que les nôtres ».

Effectivement, si le discours d'Obama s'est avéré être un pétard mouillé, c'est parce que la politique américaine ne reflète pas les réalités de terrain dans la politique mondiale. Obama s'est exprimé à Tallinn plus comme une personne possédée, sortie d'un roman de Cervantès, que comme un homme d'Etat de son temps menant la charge de la brigade occidentale, ce que Kennedy, lui, avait réussi à faire croire.

Le cœur du problème est qu'Obama ne peut se purger de son obsession de l'exceptionnalisme américain, alors que son pays manque tout simplement de la capacité d'imposer ses volontés à la communauté mondiale. Cela rappelle l'immortelle description qu'avait faite le poète victorien Matthew Arnold de Percy Byshhe Shelley : « bel ange inefficace qui bat en vain le vide de ses ailes lumineuses ».

Il se peut que l'ancien ministre des Affaires étrangères américain Henry Kissinger se soit exprimé avec franchise à l'intention d'Obama. Dans un billet publié dans le Wall Street Journal, la veille du départ d'Obama pour l'Europe, Kissinger a dit ceci à propos de l'ordre mondial de notre époque : « Mais, de vastes régions du monde n'ont jamais partagé la conception occidentale de cet ordre et n'y ont seulement consenti. Ces réserves deviennent à présent explicites, par exemple, dans la crise en Ukraine et le sud de la Mer de Chine. L'ordre établi et proclamé par l'Ouest [après la Seconde Guerre mondiale] se trouve à un tournant [.] La célébration des principes universels ont besoin d'allker de paire avec la reconnaissance de la réalité des histoires et des cultures des autres régions, ainsi que leurs points de vue en matière de sécurité ».

M K Bhadrakumar
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