Alerte Otan n° 100
3ème trimestre 2026
 
Menace russe: "Meuh non!", dixit la Rue
Quand la Russie va-t-elle nous attaquer? Dès 2029, selon Keith Starmer, feu le Premier ministre britannique. Entre 2028 et 2030 affirment les robots de l'Indigence Artificielle (© Google). C'est pour rire? On aimerait bien... Dans la rue, autre son de cloche.

 


Carte satirique de l’Europe de 1877 : la « menace russe », déjà...

Quand la Russie va-t-elle nous attaquer? Dès 2029, selon Keith Starmer, feu le Premier ministre britannique. Entre 2028 et 2030 affirment les robots de l'Indigence Artificielle (© Google). C'est pour rire? On aimerait bien... Dans la rue, autre son de cloche.

N'aura échappé à personne, même pas Googy, mon chat, l'unanimité dans les sphères dirigeantes européennes, aimablement relayée par la presse grand public, pour dire qu'une agression russe en terres européennes, d'ici à quelques années, relève de la certitude, et qu'il nous faut dès lors d'urgence réarmer tous azimuts pour être à même de mâlement repousser l'envahisseur.

Sur les réseaux dits sociaux, cela a donné lieu à divers sarcasmes ironiques, dont l'observation d'un candide se demandant pourquoi les Russes n'attaquent pas alors tout de suite puisque, d'évidence, l'Europe n'est encore qu'au début de son effort de réarmement...

Blague à part, entre les sphères dirigeantes européennes et les "gens d'en bas", celles et ceux qu'on n'entend pas, y a-t-il un semblant d'unité de points de vue?

Hé bé, c'est non

D'un premier coup de sonde auprès de cinq connaissances d'horizon social très différent, c'est cinq fois non, la Russie n'attaquera pas. Anne, la soixantaine, issue d'un milieu artistique: "Mais non, la Russie n'en a pas les moyens." François, la trentaine, animateur de plaine de jeux: "Attaquer, ce serait se tirer une balle dans le pied." Thibaut, 62 ans, bourlingueur: "Non, bien sûr. Ils ont autre chose à faire." Anita, la cinquantaine, podologue: "Impossible. L'économie russe est à plat." Frédéric, la quarantaine, libraire, avec une moue du type tu-veux-rire?: "La menace russe n'a de raison d'être que pour vendre des armes. Ajoute que la Russie n'en a pas les moyens. Et qu'elle n'a rien à gagner à envahir l'Europe."

Pour voir ce que cela donne sur le "terrain", en posant à brûle-pourpoint la question, "Pensez-vous que la Russie va attaquer l'Europe?", nous sommes allé hors des quartiers populaires de notre sondage précédent, histoire de voir cette fois ce que pense un public plutôt bourgeois. Pour ce, descente aux terrasses de la brasserie Verschueren, à Saint-Gilles, et au bistrot Le Soleil, au centre de Bruxelles. Résultat des courses ? Voici.

Charles, 46 ans, ingénieur: "Ben non, il suffit pour s'en convaincre de voir avec quelle peine ils avancent en Ukraine."

Greg, 47 ans, sculpteur. "Évidemment non. La Russie n'y a aucun intérêt."

Thelma, 20 ans, étudiante en psychologie: "J'ai envie de dire non. Mais peut-être faut-il prévoir."

Lila, 21 ans, fleuriste: "Aujourd'hui, je ne crois pas. On constate que certaines tensions se sont apaisées. Et puis, pour la Russie, il y a trop de risques. En fait, ce n'est pas sérieux. Et la question néglige bien d'autres aspects du problème."

Ambrélie, 28 ans, coordinatrice de festivals de cinéma: "Non. Cela relève de l'ordre de la croyance."

Alice, 26 ans, étudiante en cinéma: "Je réponds aussi non. C'est de la croyance, presque de la télépathie."

Ethan, Irlandais, 44 ans, ex-assistant au Parlement européen, en anglais: "Non, voir l'enlisement ukrainien. Et la Russie n'est pas à ce point puissante. Ajoutez que ce ne serait pas stratégiquement très sage." Il ajoutera qu'il faut selon lui tenir compte de l'incapacité ukrainienne de poursuivre son effort militaire, de même que des intérêts du complexe militaro-industriel... Tout cela, dit-il, "a un air de guerre froide."

Sté, 29 ans: "Je pense plutôt que c'est l'Europe qui va attaquer. De manière subtile."

Esté, 32 ans, "Non, je ne pense pas. L'Europe, c'est plutôt un lieu touristique."

Angela, 19 ans: "Je ne sais pas."

Ces trois derniers déclarent que leur occupation dans la vie, c'est dans les arts martiaux, avec des grands sourires facétieux et narquois. Ils se sont attablés pour boire un verre et rigoler entre bons amis et voilà un zozo qui, calepin en main, arrive avec des questions stupides...

Encore non, donc

En tout état de cause, cela fait une très nette majorité qui n'est pas du tout en phase avec les sphères dirigeantes européennes. Nous nous sommes arrêtés à ces dix personnes, échantillon évidemment non représentatif qui a néanmoins l'avantage de pouvoir dire qu'avec huit d'entre eux, cela fait 80% de la population qui n'y croit pas une seconde, à la menace russe.

Il y a certes Angela qui a coché la case "ne sait pas" et Thelma qui ne peut que dire son envie de sa ranger dans les "non", tout en pensant que, peut-être, il faut s'y préparer. Elle a des excuses, elle n'a que vingt ans et, à elles deux, cela ne fait jamais qu'un infime 20%, pour dire les choses avec humour.

Mais pour finir, sans humour, l'idée n'est sans doute pas mauvaise de suggérer aux lectrices et lecteurs de ce bulletin de répéter l'expérience dans leur entourage. Et puis d'en discuter. C'est en discutant qu'on avance.

Erik Rydberg
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