Alerte Otan n° 100
3ème trimestre 2026
 
« OTAN 3.0 » : Les États-Unis mobilisent les Européens pour le front Est

Le 18 juin, le secrétaire d’Etat « à la guerre », Peter Hegseth, présentait le « nouveau concept » d’OTAN 3.0 lors d’une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN :

« Nos alliés doivent se mobiliser davantage. ... C’est là tout l’enjeu des engagements en matière de dépenses de défense : Transformer l’OTAN pour en faire à nouveau une véritable alliance militaire axée sur la puissance dure. Une OTAN 3.0, calquée sur l’OTAN 1.0 qui a remporté la Guerre froide, avec nos alliés prenant réellement les rênes de la défense conventionnelle de l’Europe. (...) La puissance de l’OTAN provenait des guerriers. C’était l’OTAN 1.0, une organisation de combat sans concession (...)

Notre stratégie de défense nationale [US] stipule clairement que nous allons inciter à nos alliés de se mobiliser et de jouer leur rôle. Nous surveillerons de près les alliés qui ne le font pas et qui répondent ‘non’, ‘peut-être’ ou ‘attendons de voir’ au moment où cela compte le plus. »

Clairement et brutalement dit, les États-Unis contraignent les « alliés » européens à se surarmer et les enferment dans la logique de guerre. Explicitement, l’Europe otanisée doit « jouer son rôle » dans la guerre globale sur le flanc russe.

Il ne s’agit nullement d’un « abandon de l’Europe » comme le présentent médias et politique, mais tout au contraire d’un partage des tâches dans la guerre globale à venir : Les États-Unis ont besoin de toutes leurs forces en Asie de l’Est et de l’Ouest pour faire face à la Chine et à l’Iran. Ils ne cherchent aucunement à arrêter la guerre en Ukraine, mais l’assignent, financièrement et militairement, aux « alliés » européens :

« Du côté de l’Ukraine également, des progrès ont été enregistrés. Grâce à l’initiative PURL du président Trump, les alliés ont pris l’initiative de financer le soutien à la défense de l’Ukraine. Les Ukrainiens tiennent leurs positions, même face à des assauts russes soutenus ».

Et gare aux récalcitrants : l’Espagne de Sanchez commence seulement à sentir les conséquences de ses velléités de respect du Droit international. Les vassaux se savent « surveillés de près » par leur maître.

Au passage Hegseth expose crument la raison d’être de l’OTAN :

« Le président [Trump] a simplement déclaré que nos avions devaient décoller de bases situées en Europe, ou que nos navires devraient partir de ports européens, pour frapper des cibles au Moyen-Orient (...) . Mais trop de nos alliés ont refusé, ou ont tenté de nous noyer sous des débats juridiques obscurs, ou encore nous ont critiqués publiquement pour avoir fait ce qu’ils ne sont pas prêts ou capables de faire eux-mêmes. C’était honteux ! Ces alliés ont mis en danger les fils et les filles de l’Amérique, nos fils et nos filles, en leur refusant l’accès, l’implantation de bases et le survol prévisibles qui n’auraient jamais dû être remis en question. (...)

[l’OTAN 3.0] sera conçue pour garantir que l’OTAN évolue rapidement et de manière irréversible vers un rôle de premier plan pour l’Europe, en assumant la responsabilité principale de la défense de l’Europe, en veillant à ce que nos forces soient adaptées aux besoins mondiaux des États-Unis, et en s’assurant que nos droits d’accès, nos bases et nos droits de survol soient clairement garantis. »

Hegseth somme littéralement l’alliance « défensive » de soutenir inconditionnellement les agressions étatsuniennes. Vous pensiez donc que l’OTAN avait été créée pour « nous protéger » ? Le fameux « Article 5 » de l’OTAN auquel on se réfère toujours se lit comme suit :

« [chaque membre de l’Alliance] assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée. »

Le bout de phrase « telle action qu'elle jugera nécessaire » ne signifie pas l’entrée en guerre aux côtés de l’allié agressé. Ce pourrait être, par exemple, la fourniture de renseignements satellitaires, la fourniture d’armes, voire l’octroi de crédit pour l’achat de ces armes... soit en somme ce que fait déjà l’OTAN « en faveur » de l’Ukraine - ce qui a si bien mené ce pays au fond du désastre.

L’objet réel de l’OTAN n’est pas de « nous protéger », mais de servir de projection de puissance à l’impérialisme étatsunien, avec le plein assentiment de nos dirigeants. Ce n’est pas « notre protection » qui est garantie, mais bien le réseau de bases, l’accès à nos ports, le droit de survol, s’il le faut au mépris du droit international - ces débats juridiques obscurs. L’objet de l’OTAN est d’assurer la tutelle étatsunienne sur le monde. Et qu’on l’appelle 1.0, 2.0 ou 3.0 ne change rien à cette réalité fondamentale.

 

Roland Marounek
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