« L'OTAN est aussi une plateforme permettant aux États-Unis de projeter leur puissance sur la scène mondiale, car toute cette opération, toute cette campagne en Iran, requiert cette condition fondamentale d’être engagée avec les alliés de l’OTAN, comme ils le font actuellement en mobilisant des ressources clés ici en Europe. Le fait que nous restions unis – États-Unis, Europe et Canada – est donc crucial pour le succès de cette campagne américano-israélienne. » Mark Rutte, 5 mars
Le président Trump est très fâché : l’OTAN refuse de s’impliquer (ouvertement) dans l’agression israélo-étatsunienne contre l‘Iran, Trump menace de quitter l’OTAN - et nos médias et nos politiques font mine de s’en effrayer : Mais qu’allons-nous devenir ? Nous allons être envahis par Poutine si l’OTAN n’est plus là pour nous protéger !
Mais tout cela n’est que mise en scène : l’OTAN n’est pas là, et n’a jamais été là pour ‘nous protéger’, mais pour préserver la domination globale de l’Occident sous contrôle étatsunien. Dès sa création en 1949 l’Alliance atlantique est une alliance militaire agressive dédiée à la destruction de l’URSS, et depuis 1990 à celle de la Russie. Elle est la garante que les pays d’Europe occidentale restent de « bienheureux vassaux » et ne puissent s’entendre politiquement, économiquement avec la Russie. Selon la fameuse formule du premier secrétaire général, Lord Ismay, la fonction de l’OTAN est de « garder les Russes en dehors, les Américains dedans, et l’Allemagne à terre » (« To keep the Russians out, the Americans in, and the Germans down »)
L’OTAN a, en réalité, été une partie prenante essentielle dans cette dernière agression contre l’Iran : les bombardiers, les drones et les navires US ont été ravitaillés, armés et lancés depuis des bases de l’OTAN situées au Royaume-Uni, en Allemagne, au Portugal, en Italie, en France et en Grèce. Sans la complicité matérielle de l’OTAN - et la complicité politique des pays de l’OTAN, l’agression n’aurait tout simplement pas pu avoir lieu. « L’OTAN constitue une plateforme de projection de puissance pour les États-Unis, car sans leurs alliés européens, il leur aurait été très difficile de lancer cette campagne contre l'Iran » confirmait Mark Rutte le 5 mars dernier
Par ailleurs, l’OTAN est une manne providentielle pour l’industrie militaire US : les pays de l'OTAN, achètent chaque année des dizaines de milliards de matériel de guerre étatsunien ; un tiers du marché militaire US, est assurés par l’OTAN ; Trump « qui veut détruire l’OTAN » a réussi à faire accepter aux « Alliés », d’augmenter à 5% du PIB les dépenses militaires pour l’OTAN. Et tout en prétendant vouloir la quitter, les États-Unis sont en train de renforcer leur mainmise sur l’Alliance, notamment en imposant leurs logiciels exclusifs. Comme soulignait le représentant des États-Unis à l’OTAN l’année passée : « Lorsque l’Europe investit dans sa propre défense, elle soutient directement les emplois américains, renforce notre base industrielle (...) Chaque euro investi par l’Europe dans la défense de l’OTAN crée des emplois dans les villes américaines où se développe la technologie de défense. »
En février dernier lors d’une réunion à Bruxelles des ministres de la Défense de l’OTAN, le sous-secrétaire d’État à la Guerre (sic) Elbridge Colby exposait de façon franche le véritable enjeu sous-jacent, emballé sous le concept de « OTAN 3.0 »1 :
Cette « OTAN 3.0 » exige de nos alliés des efforts bien plus importants pour se mobiliser et assumer la responsabilité principale de la défense conventionnelle de l’Europe.(...) Les États-Unis doivent – et vont – donner la priorité aux théâtres d’opérations et aux défis où seule la puissance américaine peut jouer un rôle décisif (...) Nous affrontons sans détour le fait que la région indo-pacifique est désormais un théâtre central de la géopolitique. (...) Pour l’avenir, la promesse pour 2026 et les années suivantes est la suivante : une OTAN dans laquelle l’Europe est le principal ‘défenseur’ conventionnel du théâtre européen, soutenue par la puissance stratégique et la portée mondiale des États-Unis.
Il y a effectivement un problème de sur-extension militaire étatsunienne, entre l’Iran, l’Amérique latine, la Russie et la perspective du conflit avec la Chine : cela impose un plus grand partage des rôles, « des efforts bien plus importants » pour que l’allié européen puisse « assumer la responsabilité principale de la défense de l’Europe», c’est à dire mener une guerre ouverte sur le territoire européen sans implication directe des États-Unis. On est très loin d’un « abandon de l’OTAN ».
L’OTAN est un instrument essentiel de l’hégémonie occidentale sous domination états-unienne, et donc quelles que soient les déclarations à l’emporte-pièce du bouffon qui leur sert de président, non, les États-Unis n’ont évidemment aucun intérêt à supprimer cet instrument.