Comité de Surveillance OTAN

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Alerte OTAN n° 36
décembre 2009

Éditorial

Le bouclier antimissile reste d'actualité
Patrice Salzenstein (membre du Bureau National du Mouvement de la Paix, France)

La conférence de Copenhague sur le climat

En attendant l'invasion de l'Armée Rouge...
Roland Marounek

Yémen : Al Qaida déménage
Roland Marounek

Brèves : Kosovo, Iran , Venezuela
Claudine Pôlet et Georges Berghezan


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En attendant l'invasion de l'Armée Rouge...

En 2007, l'historien Suisse Daniele Ganser a publié une étude fouillée sur les réseaux "Stay-Behind" de l'Otan*, détaillant avec précision la situation particulière de chaque pays européen membre de l'Alliance, et les ramifications plus ou moins fortes et/ou établies selon les cas de ces structures occultes avec le terrorisme qui a secoué certains pays dans les années 70 et 80 – et selon les sources qui sont disponibles, les documents de l'Otan restant classifiés 20 ans après la fin théorique de la guerre froide.

Ce livre est remarquable, non seulement par l'éclairage apporté sur le passé, mais surtout pour ce qu'il révèle de la raison d'être réelle de l'Otan, ainsi que pour ce qu'il permet de suggérer sur la "guerre au terrorisme", nouvelle priorité affichée de l'Otan.

C'est en 1990 que l'existence des armées secrètes anti-communistes de l'Otan fut révélée au grand jour par le premier ministre Andreotti en personne, lequel précisait que des structures identiques existaient dans chaque pays européen de l'Alliance : comme l'explique D. Genser, la mise sur pied d'une « autorité de Sécurité nationale chargée d’encadrer la lutte contre le communisme par des groupes clandestins de citoyens » faisait partie dès sa création, des clauses secrètes de l'Otan (Directive OTAN/SACEUR sur la guerre non-conventionnelle).

La commission parlementaire d'enquête mettait en lumière l'implication de Gladio, la variante italienne, dans les attentats terroristes en Italie dans les années 70-80, culminant avec l'attentat de la gare de Bologne, le 2 août 1980 – 85 morts et 200 blessés.

La constitution d''une armée secrète se justifiait et se justifie toujours officiellement par la nécessité d'être prêt à la résistance et au sabotage le jour où surviendrait l'invasion de l'Europe par l'URSS, ce dont comme disait Spaak, le Monde Libre avait si peur. C'est ainsi que Antoine de Donnea pouvait déclarer sans complexe lorsque l'existence de l'armée secrète Stay-Behind en Belgique ne put plus être cachée : « Il était parfaitement justifié… de préparer des réseaux de résistance susceptibles d'être activés dans le cas d'une occupation de notre territoire par les Armées du Pacte de Varsovie. Nous sommes redevables à tous ceux qui ont œuvré dans ces réseaux ». Le dit Pacte de Varsovie a été créé 6 ans après l'Otan, soit dit en passant, et il y a de lourdes présomptions que ceux qui ont œuvré dans ces réseaux soient, toujours en passant, derrière les tueries du Brabant : voir à ce sujet, le chapitre consacré à la Belgique.

Mais dans la réalité, les choses étaient en fait juste inversées : les Etats-Unis n'avaient subi aucune destruction sur leur territoire et sortaient de la guerre particulièrement renforcés; l'URSS était un pays dévasté, bien plus qu'aucun autre de l'Europe à l'Ouest de l'Allemagne, un pays qui avait tout à reconstruire. Sa plus grande préoccupation était de se protéger d'une nouvelle tentative de destruction. Il était parfaitement légitime dans cette perspective, qu'elle ait tout fait pour s'assurer que sa frontière occidentale soit désormais constituée de pays amis, et non plus de pays prêts à s'associer à une nouvelle agression, comme cela avait été le cas par deux fois en moins de 30 ans. Les USA, en lançant 'pour l'exemple' deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, mais aussi par la destruction gratuite de Dresde, avaient démontré à l'URSS leur puissance et leur détermination. Lancer dans ces conditions une invasion eut été à l'évidence suicidaire.

Et il est impossible que les chefs militaires de l'Alliance n'en aient pas été tout à fait conscients. Ils avaient en fait une connaissance précise de l'état des forces, que l'URSS a toujours tenté de maintenir suffisant pour empêcher une agression, jusqu'à l'épuisement. Affirmer avoir peur d'une invasion soviétique ne pouvait être qu'une mise en scène destinée à l'opinion publique occidentale.

Pourquoi dans ce cas ces armées "stay-behind" ? La réponse est donnée à de multiples reprises par les responsables et exécutants mêmes de ces réseaux, cités dans le livre : l'armée secrète devait s'activer "également" en cas de prise du pouvoir par les communistes.

Au moment d’intégrer l’OTAN en 1949, l’Italie signa, outre le Pacte Atlantique, une série de protocoles secrets prévoyant la création d’une organisation non officielle « chargée de garantir l’alignement de la politique intérieure italienne sur celle du bloc de l’Ouest par tous les moyens nécessaires, même si la population devait manifester une inclination divergente » 

Nous touchons ici me semble-t-il au point central : Le mouvement communiste avait avec la guerre et la lutte contre le fascisme, acquis un prestige et une légitimité sans précédent, et la possibilité était très concrète que certains pays choisissent la voie socialiste – ou sombrent dans le communisme selon l'option que l'on adopte. Ceci était autrement plus réaliste qu'une invasion par l'Armée Rouge. L'armée secrète de l'Otan, avec son réseau de saboteurs et de terroristes, devait alors être prête pour que cette éventualité soit la plus désastreuse possible. Des caches d'armes de guerres étaient aménagées un peu partout, des systèmes de communication de pointe gracieusement offerts par les USA... Tout était en place pour saboter effectivement le pays qui aurait tenté de suivre, démocratiquement, la voie socialiste.

La possibilité d'une arrivée au pouvoir des communistes par les urnes était particulièrement forte dans l'Italie d'après guerre, et c'est également dans ce pays que le réseau stay-behind Gladio a été le plus dramatiquement actif, et certainement efficace. L'Otan et son armée secrète ont délibérément utilisé la "stratégie de la tension" au moyen d'attentats terroristes frappant aveuglément la population, attentats dont étaient ensuite accusés les communistes.

Il est intéressant d'entendre aujourd'hui l'Otan affirmer devoir protéger le Monde Libre du terrorisme, et se trouver malheureusement contrainte de pouvoir s'étendre n'importe où dans le monde pour assurer cette protection légitime. Ce devoir de protection l'a amenée à s'associer activement à l'invasion destructrice de l'Irak et au soutien sans réserve au gouvernement fantoche mis en place par les USA, à l'occupation et au bombardement de l'Afghanistan, demain sans doute sera-t-elle obligée pour nous défendre, de détruire l'Iran…. « La tâche principale de l'OTAN est la défense du territoire des pays alliés, mais nous devons réaliser que dans le monde actuel, la défense de nos propres frontières commence bien souvent très loin », Anders Fogh Rasmussen. Des attentats singuliers, qui semblent insensés, ciblant la population et non les armées d'occupation, ensanglantent le Pakistan et l'Afghanistan, attentats dont la responsabilité est automatiquement attribuée aux si abominables Taliban, souvent malgré les dénégations de ceux-ci. Il est particulièrement difficile de distinguer ce qui se passe réellement. Cependant, au vu de l'histoire très récente de l'Otan, une prudence élémentaire est indispensable, et on ne peut éluder la question de qui est, en définitive, le véritable bénéficiaire de cette terreur.

Daniele Ganser, "Les Armées Secrètes de l'Otan"
Éditions Demi-Lune, Paris, 2007
www.editionsdemilune.com

Voir également www.editionsdemilune.com/lesarmessecrtesdelotan-p-16.html, où on peut écouter les 3 émissions de la BBC sur le sujet.

Roland Marounek
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