Nouvelle "valeur" européenne: le délit d'opinion

Erik Rydberg
15 août 2026

Il n'y a pas si longtemps, ces colonnes (2ème trimestre 2025) ont recensé le livre de Xenia Fedorova, l'ex-patronne de RT France, la chaîne d'information russe qu'ont interdit de toute diffusion les dignitaires des vingt-sept membres de l'Union européenne, à l'unisson, à huis clos et dans la clandestinité de séances sans procès-verbal. Elle avait titré son livre Bannie. Elle ne pouvait mieux dire.

Bannie l'an passé, bannie à nouveau ce mois de juillet 2026, cette fois par un arrêté du gouvernement français ordonnant son expulsion du territoire national, de même que le gel de ses avoirs bancaires, mesure extrajudiciaire devenue coutumière à l'encontre des "mal-disant" en délicatesse avec l'euro-propagande anti-russe. Voir l'affaire Jacques Baud et consorts, dont question dans cette page.

La grande faute de la journaliste ? Avoir cherché "à saper la confiance des citoyens européens, et en particulier des citoyens français, en leurs institutions et à instiller le doute sur le bien-fondé du soutien apporté à l'Ukraine". Doute portant "atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État", pas moins. Fait notable: alors que le muselage des chaînes d'informations russes s'était vu accueilli par un assourdissant silence radio de la corporation des journalistes et des défenseurs de la liberté d'expression, la lettre de cachet venue frapper Xenia Fedorova a, du journal Le Monde à Libération en passant par Reporters sans frontières, été accueillie par des vivats. Haro sur l'impie vilain canard! Fedorova, qu'on la fasse taire !

N'est probablement pas étranger à cette très insolite désolidarisation, le fait que la journaliste a, après fermeture de Russia Today France, trouvé à poursuivre son travail via les médias de l'infréquentable magnat de presse Bolloré (droite radicale), CNews et Europe 1, dont l'audience tient en l'occurrence de l'affront, affront qu'a donc cherché à contrer l'arrêt d'expulsion. Dont la signification profonde a bien été résumée par Xenia Fedorova: "Ceux qui célèbrent cette décision manquent de clairvoyance, car aujourd'hui, c'est moi, et demain, ce sera toute personne qui osera s'exprimer en dehors de la pensée unique."

Elle ne croit pas si bien dire. Fin juillet, la Cour de justice européenne a donné son feu vert aux poursuites d'un tribunal allemand de Saarbrücken contre trois citoyens, prévenus "d'association de malfaiteurs" (pas moins!) au motif que, sur leur site, ils avaient relayé des séquences provenant de RT. C'est, de la part de l'Union européenne, investir le terme bateau de désinformation d'un nouveau sens: dés-informer = éradiquer l'information. Chacune et chacun ne peut qu'en être frappé d'inquiétude.