Bud Blumenthal
15 août 2026
Lors du sommet de l’OTAN à Ankara – véritable festival de planification de guerre et d’extraction financière – de « beaux gosses en costume bleu » ont tous répété le mantra de l’hallucination collective selon laquelle l’Ukraine était en train de gagner la guerre contre la Russie. « Huit victimes russes pour une victime ukrainienne sur le champ de bataille », nous dit le président finlandais Alexander Stubb. Et ce, alors même que la Russie progresse chaque jour sur le champ de bataille, sur tous les fronts, tout en anéantissant les usines et centres techniques, logistiques, énergétiques et d’armement sur l’ensemble de l’Ukraine. Pourtant, certains au sein de l’Otanistan vont jusqu’à affirmer avec assurance que l’Ukraine n’est pas seulement en train de gagner, mais qu’elle a déjà gagné !
Ce qui n’est pas rapporté, c’est que pour la première fois depuis le début de la dite « opération militaire spéciale » il y a quatre ans et demi, les responsables russes, y compris Poutine lui-même, ont commencé à utiliser le mot « guerre ». Un citoyen européen qui suit de près le conflit devrait commencer à s’alarmer. Mais pas les grands enfants en costume bleu arborant tout sourire leurs insignes OTAN/Turquie sur le revers de leur veste.
Les ministres ont reçu chacun un coffret cadeau contenant un rare revolver vintage Gumusay .357 Magnum à six coups, fabriqué par l’armurier turc MKE dans les années 1990. Chacun était personnalisé par son nom gravé sur le canon et comportait un compartiment contenant six cartouches réelles à côté du kit de nettoyage de l’arme. Un souvenir approprié, et sans doute pratique, compte tenu de la date de lancement généralement admise de la guerre contre la Russie, prévue pour 2029-2030. Il faut s’attendre à ce que la Russie accélère ses actions pour perturber le calendrier de l’OTAN. Si la guerre est inévitable dans trois ou quatre ans, comme l’affirment ici et là la plupart des responsables militaires et politiques occidentaux, et si les délais d’investissement correspondent, pourquoi attendre que l’Europe soit bien armée, prête à tirer ?
Le sommet de l’OTAN à Ankara a été une véritable orgie de signatures de contrats industriels multinationaux variés. Le keynésianisme militaire n’a jamais connu d’illustration aussi enthousiaste et spectaculaire.
Plus de 50 milliards d’euros de contrats d’approvisionnement militaire ont été signés lors du Forum de l’industrie de la défense qui se tenait en parallèle. Celui-ci a été présenté comme un spectacle à forte valeur de production, avec des clips vidéo grandioses montrant des missiles baignés de soleil et des avions militaires filant à toute allure à travers des nuages cotonneux dans l’immensité du ciel bleu. Une mélodie entraînante signalait les présentations et les transitions des ministres et des membres des équipes spéciales qui montaient et descendaient de la scène principale. Ils bondissaient et se précipitaient selon une chorégraphie précise de séances photo, de poignées de main viriles, d’étreintes, de tapes dans le dos accompagnées de sourires radieux aux dents particulièrement brillantes, de coiffures impeccables et de fabuleux costumes bleus.
La Belgique s’est engagée à consacrer 13 milliards d’euros pour respecter la « ligne de base » d’Ankara, sur un total prévu de 24,7 milliards d’euros alloués au développement des capacités à court terme jusqu’en 2029. L’année 2027 verra l’intégration initiale des capacités et la livraison des premiers systèmes de défense aérienne pour protéger le port d’Anvers, le QG de l’OTAN et d’autres cibles potentielles. En 2028, les Belges connaîtront le « pic d’expansion des effectifs ». Décrit comme « un investissement dans le capital humain visant à renforcer la préparation opérationnelle », l’objectif est d’atteindre 34 500 militaires en service actif et de tripler les effectifs civils chargés de la logistique d’ici au début des années 2030. En 2029, nous aurons le « bilan et réorientation de l’OTAN ». On parle de « dernière année du plateau actuel des dépenses ». Cela coïncidera avec l’examen officiel, à l’échelle de l’Alliance, de la nouvelle trajectoire vers l’objectif des 5 %. À ce stade, la Belgique a l’intention d’acquérir trois systèmes de défense aérienne à longue portée supplémentaires afin d’assurer une interopérabilité totale avec les batteries de missiles Patriot néerlandaises.
Théo Francken, du « keynésianisme militaire belge », vs Theodore Postol, du « réalisme en matière de missiles » du MIT... Le premier prétend protéger la Belgique tandis que le second affirme avoir analysé les systèmes d’interception antimissiles, y compris le célèbre Patriot qui est une nouvelle fois en rupture de stock en Ukraine. Il a conclu que le Patriot est totalement inefficace contre les missiles hypersoniques et très peu performant contre les missiles balistiques, désormais courants en Russie mais aussi en Iran...
Les participants européens à la guerre en Ukraine contre la Russie seront pris pour cibles si les dirigeants russes décident qu’il vaut mieux frapper en premier avant que leur ennemi n’ait eu le temps de renforcer ses capacités. Une seule frappe à l’intérieur de l’Otanistan suffira-t-elle à la réveiller ? Dans ce cas, soit l’Europe otanienne invoquerait le fameux article 5 et entamerait des hostilités ouvertes avec la Russie, entraînant une fois de plus une dévastation et des pertes humaines inouïes sur le continent, soit… ce coup de semonce ferait sortir les dirigeants de leur torpeur hypnotique qui les mène tout droit vers la catastrophe. Les Européens seraient soudain confrontés au choix entre la guerre et la paix.
En supposant que l’Occident dans son ensemble prenne la décision rationnelle de négocier avec la Russie un accord de sécurité à l’échelle du continent et d’éviter une guerre totale, on pourrait alors considérer cette attaque russe comme une dernière tentative de forcer l’Occident à se sauver lui-même, ainsi que le reste du monde, d’une catastrophe susceptible d’entraîner l’extinction de l’espèce humaine.