Romain Migus
7 janvier 2026
Volonté de mise sous tutelle du Venezuela par les Etats-Unis
Représentativité de Maria Machado
Echec du renversement de l’Etat vénézuélien
Il n'y a pas eu de trahison institutionnelle
L’opération, trophée pour Rubio ?
Pressions à attendre des Etats-Unis
Causes réelles de la crise économique au Venezuela
Echec probable des pressions étatsuniennes sur le pétrole
Positions diplomatiques internationales : Amérique latine
Positions diplomatiques internationales : Nations Unies
Protestations massives au Venezuela et manifestations de joie à l’extérieur
Amélioration économique et sociale au Venezuela
Division entre Vénézuéliens et communauté vénézuélienne exilée
« Nicolas Maduro a ruiné son pays »
« Nicolas Maduro, narcotraficant »
Aujourd'hui, on va faire une analyse un peu plus fouillée, une réaction à froid de ce qui s'est passé la nuit du 3 janvier 2025 au Venezuela. Les États-Unis ont bombardé le Venezuela, ont séquestré le président et sa femme et les ont transférés à New York où ils vont être jugés pour narcoterrorisme.
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Après l'attaque et l'enlèvement du président Maduro, le président des États-Unis, Donald Trump, a donné une première conférence de presse, dans la foulée de l'opération militaire, vers 10h, 11h, le 3 janvier. Cette conférence de presse était complètement surréaliste. Donald Trump a déclaré que les États-Unis vont désormais administrer le Venezuela et gérer la richesse pétrolière qu'ils considèrent comme leur.
Mais pas seulement, dans une autre conférence de presse, il a déclaré aussi que les États-Unis gèreraient toutes les infrastructures du Venezuela, les routes, les ports, les ponts : grosso modo, la mise sous tutelle du Venezuela par les États-Unis. Il a déclaré, donc ça conforte à ce que nous avions annoncé aussi, le retour de la doctrine Monroe, telle que s'est exprimée dans la stratégie de sécurité nationale publiée fin novembre 2025.
La doctrine Monroe, comme je l'ai rappelé dans la dernière vidéo, c'est cette doctrine née au siècle passé, sous la présidence de James Monroe, et qui considère que toutes les richesses du continent latino-américain sont propriétaires des États-Unis, ou en tout cas doivent être orientées au développement et à la sécurité nationale de ce pays. Du colonialisme pur et dur, assumé totalement par Donald Trump.
Alors, il a aussi dit que le pétrole du Venezuela, comme je l'ai dit, appartient aux États-Unis et que les entreprises pétrolières des États-Unis vont faire désormais beaucoup d'argent et à menacer d'une deuxième vague de bombardements si le Venezuela ne respectait pas ou s'élevait contre la décision impériale de dominer et d'administrer le Venezuela. On va analyser tout ça un peu plus tard.
Je décris ce qu'a dit Donald Trump juste dans la foulée de l'opération militaire. Il a aussi déclaré que les États-Unis sont en négociation, finalement, avec le pouvoir en place au Venezuela, en la présence de Delcy Rodriguez, la vice-présidente du Venezuela, et de ce fait a complètement dégagé Maria Corina Machado. De fait, quand les journalistes lui ont demandé « Mais êtes-vous en contact avec Maria Corina Machado, la prix Nobel de la guerre ? », Donald Trump a dit « Nous ne sommes pas en contact avec elle, car elle n'a pas de soutien ni de respect au Venezuela ». Alors, cette phrase est évidemment importante, outre le fait que l'opposition vénézuélienne radicale a été mise sur la touche.
Et puis, si elle n'a pas de soutien ni de respect au Venezuela, comment aurait-elle fait 70 % lors de l'élection présidentielle ? Parce que derrière Edmundo González, c'est évidemment elle qui a fait campagne au Venezuela. Donc évidemment, ça fait partie de toutes les contradictions internes au narratif qu'essayent d'imposer les États-Unis, un narratif qui était au départ de lutte contre les cartels de la drogue, un narratif absurde, mais qui aujourd'hui est quasiment abandonné pour la mainmise des États-Unis sur les richesses du Venezuela et pour en écarter ses principaux concurrents, comme la Chine.
Alors, ce qui est intéressant, c'est la réponse du Venezuela. À peine la conférence de presse de Donald Trump était finie, la vice-présidente Delcy Rodríguez a convoqué le Conseil d'État de Défense de la Nation, qui comprend tout le haut commandement militaire, qui comprend les représentants de tous les pouvoirs du Venezuela, c'est-à-dire l'exécutif elle-même, le législatif, le parlement, Rodríguez, le pouvoir judiciaire, le pouvoir moral, ainsi que des représentants du pouvoir local, régional et tous les vice-présidents sectoriels de l'État vénézuélien :
« Nous avons convoqué ce Conseil de Défense de la Nation, où participent les pouvoirs publics du Gouvernement vénézuélien. Nous accompagnent le président du pouvoir législatif de la Venezuela, le Docteur Jorge Rodríguez, la présidente du pouvoir judiciaire, la Docteure Carilia Beatriz, le président du pouvoir moral, le Fiscal-Général Tarek William Saab. Nous accompagnent aussi le ministre de la Défense, le chef du SEO, le vice-président de la Sécurité citoyenne, le Conseil des vice-présidents et le chancelier de la République bolivarienne de la Venezuela. Depuis ce jour, nous demandons la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de sa femme Cilia Flor. Le seul président de la Venezuela, le président Nicolás Maduro. »
Le Venezuela a répondu en tant qu'État. Et ça c'est très important parce qu'on n'est pas en Libye ou en Syrie. C'est-à-dire qu'en décapitant le leader, tout le gouvernement, le régime s'effondre. Pas du tout. Là, il y a un État. La Venezuela a répondu en tant qu'État.
Effectivement, leur leader a été enlevé, séquestré. Mais la continuité institutionnelle est assurée. De fait, dans ce Conseil de défense et par la suite dans des déclarations notamment du haut commandement militaire, tous les pouvoirs du Venezuela reconnaissent que le président continue d'être Nicolás Maduro Moros. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'absence ni temporaire ni prolongée par lequel précisément la continuité constitutionnelle obligerait à convoquer des élections sous un mois pour une absence définitive, sous trois mois pour une absence temporaire. C'est-à-dire trois mois avant de convoquer les élections. Là, il n'en est pas question puisque le président constitutionnel continue d'être Nicolás Maduro et Delcy Rodríguez vient d'assumer comme présidente en charge le temps que l'empêchement de Nicolás Maduro vienne à son terme.
C'est-à-dire qu'il n'y aura donc pas d'élection avant la fin du mandat de Nicolás Maduro en 2030. Le tribunal suprême de justice avait déjà proclamé Mme Rodríguez comme président en charge du Venezuela. Elle a prêté serment devant le Parlement. C'est donc à elle que revient la charge de l'exécutif dans l'empêchement de gouverner de Nicolás Maduro.
Dans le même temps, le Venezuela a décrété une mobilisation générale de l'armée, des forces armées, des forces policières mais aussi des milices populaires pour quadriller le territoire et empêcher toute incursion des États-Unis et puis à appeler aussi à des mobilisations citoyennes qui ont été massives, parce que les Vénézéliens, je peux vous assurer, pour avoir discuté avec des dizaines d'entre eux, se sont réveillés ou ont été réveillés par les bombardements et sont profondément choqués.
Les chiffres des victimes des bombardements sont encore un peu flous, on parle d'entre 80 et 100, alors il y a des victimes militaires, mais il y a aussi beaucoup de victimes civiles et on n'a pas demandé à ces gens s'ils avaient la carte du parti socialiste uni du Venezuela ou non. Dans les victimes civiles, on le saura certainement plus tard, il y a certainement des opposants, des chavistes, de tout, des Vénézuéliens peut-être apolitiques, et évidemment tout Vénézuélien au Venezuela s'est réveillé outré, outragé par ce qui a été commis. Et donc ça a donné des mobilisations citoyennes massives en soutien à l'État vénézuélien, à la révolution bolivarienne et aussi au président Maduro et à sa femme Cilia Flores.
La présidente en charge, Delcy Rodríguez, a réuni un conseil des ministres où évidemment tous les ministres présents du cabinet de Nicolas Maduro ont participé et dans lequel ils ont réitéré le soutien plein et indéfectif à la présidence de Nicolas Maduro et le fait de tout mettre en œuvre pour sa libération et essayer de le tirer des griffes des États-Unis.
Voilà, déjà on va faire un petit aparté aussi, qui est madame Rodríguez ? C'est la fille de Jorge Antonio Rodríguez qui était un guerrillero des années 70-80 au Venezuela, qui avait été arrêtée et torturée à mort par les pouvoirs en place aux ordres de la CIA et des États-Unis. C'est une personne qui est dans la politique depuis des années, qui a participé dans des groupes de gauche dans les années 80, aux côtés notamment de Nicolas Maduro, donc dans la jeunesse de Nicolas Maduro. C'est quelqu'un de très proche, c'est quelqu'un aussi de très formé et de très compétent qui assumait récemment la charge de vice-présidente exécutif, mais aussi de ministre du Pétrole et ministre des Finances.
C'était une personne centrale dans la récupération économique du Venezuela, puisque le Venezuela est beaucoup mieux, on en parlera à la fin, je voudrais en dire un mot là-dessus, puisque c'était aussi ce que j'avais prévu de faire un petit retour de mon voyage au Venezuela. Madame Rodríguez était une des actrices de cette récupération économique, et puis c'est quelqu'un de très respecté au sein du chavisme. Chavisme qui, comme je l'avais dit dans d'autres vidéos il y a quelques mois, a connu la transition la plus difficile après Chavez.
Et c'est pour ça aussi que le chavisme réagit, où les Vénézuéliens réagissent comme un État, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de guerre de succession, il n'y a pas un éclatement des forces armées ou un éclatement des factions au sein du Parti socialiste uni du Venezuela. Ce qui règne, c'est une unité totale du mouvement révolutionnaire et de l'État vénézuélien. Voilà, ça c'est important, et donc la présidente s'impose comme l'interlocutrice désormais des États-Unis.
Évidemment, c'est ce qu'a suggéré Donald Trump en la menaçant d'ailleurs, c'est-à-dire que si Delcy Rodriguez ne fait pas ce que les États-Unis décident pour le Venezuela, Donald Trump a dit qu'il lui arrivera pire encore que ce qui est arrivé à Nicolas Maduro. Donc là, on est dans du western, on est en dehors totalement du droit international. Mais voilà, ce qui est important, et ça je crois que c'est très important de revenir là-dessus, de revenir ce qu'il y a derrière cette opération et qu'est-ce qu'elle nous apprend.
Premièrement, une opération spectaculaire, ça il ne s'agit pas de le nier, l'enlèvement de Nicolas Maduro s'est fait en quelques heures et elle a été menée à bien. Alors, il y a eu des morts au Venezuela, il y a eu certainement des morts d'ailleurs, puisque finalement il y a eu des affrontements, il y a certainement eu aussi des morts du côté états-unien, ça on ne le saura probablement jamais. Ce qu'il ressort, c'est que comment les États-Unis ont pu rentrer aussi facilement et mener à bien ce type d'opération ? Alors ça, je ne vais pas m'avancer non plus.
On peut penser qu'il y a eu une trahison au sein du cercle rapproché de Nicolas Maduro. Alors ça, évidemment, je ne vais pas plus loin pour l'instant, ça peut sembler un peu évident pour les renseignements qu'avait le commando pirate des États-Unis.
Néanmoins, ce qui est important, c'est qu'il n'y a pas eu de trahison institutionnelle, il n'y a pas eu des pans de l'État qui ont lâché Nicolas Maduro. Delci-Rodriguez n'a pas trahi Nicolas Maduro, parce que là on voit passer plein de trucs, évidemment ça fait partie, alors ce n'est pas tant à destination de vos cerveaux, même si en dommage collatéral, vous avez dû entendre parler de ça aussi, c'est surtout pour essayer de semer la zizanie dans le camp bolivarien, essayer encore une fois de fragmenter cette unité admirable de l'État vénézuélien et du mouvement révolutionnaire.
Ce qui est aussi très important de noter, c'est que malgré une opération spectaculaire, les États-Unis n'ont pas envahi le Venezuela pour y mettre un homme, ou dans le cas du Venezuela, une femme de paille. Et là, finalement, c'est un aveu de faiblesse par rapport au début des années 2000, où ce que faisaient les États-Unis historiquement, on se rappelle par exemple de la guerre en Irak, où les États-Unis ont envahi et ont mis leur homme de paille. On se rappelle de l'Afghanistan, où les États-Unis ont envahi et ont mis Hamid Karzaï à la présidence. Là, ils n'ont pas voulu, parce que certainement ils auraient bien aimé mettre Madame Machado à la tête de l'État vénézuélien, c'est qu'ils n'ont pas pu. Et pourquoi ils n'ont pas pu ? Parce qu'on l'a rappelé suffisamment, pour envahir le Venezuela, là, ils auraient dû faire face à non seulement l'armée, la police, mais aussi les 3 millions de milices populaires qui existent au Venezuela, qui sont armées, qui ont une formation militaire, notamment de tactique de guérilla, terrain par terrain, avec des commandements décentralisés et des personnes armées. Donc, c'est une invasion qui aurait non seulement pris du temps, non seulement ce serait révélé très coûteuse pour se maintenir, et puis électoralement, ça aurait été un désastre. Dans des États-Unis où la base MAGA, celle qui a élu Donald Trump pour améliorer sa qualité de vie, n'est pas contente parce qu'elle ne voit pas une amélioration de sa qualité de vie, voir des centaines, des milliers de cadavres de leurs compatriotes revenir dans des sacs noirs, des sacs mortuaires du Venezuela, c'était l'assurance de se prendre une énorme tôle aux élections de mi-terme qui auront lieu en novembre prochain.
Donc, les États-Unis ont décidé de mener cette opération spectaculaire, ils ont leur trophée, ils ont Nicolas Maduro, mais la deuxième phase va être une phase de négociation avec le pouvoir en place, qui n'a pas changé. Non seulement il n'a pas changé, mais en plus de ça, ils continuent de considérer Nicolas Maduro comme le président constitutionnel, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu non plus un coup d'État interne.
Donc là, on est face à un pragmatisme de Donald Trump. Après avoir mené le coup, il a donné en trophée à Marco Rubio et aux faucons nord-américains la tête de Maduro, la deuxième phase ne sera pas forcément une phase guerrière, même si la menace continue de planer et qu'il ne faut rien écarter.
Mais en tout cas, c'est très compliqué et ça sera très compliqué de le faire sans perte états-unienne cette fois-ci. Alors, ça a été aussi assez rigolo puisque Marco Rubio, qui a été mis en place par la mafia cubano-américaine de Miami, qui est un faucon qui vit dans les heures de la guerre froide, et c'était assez cocasse de voir l'interview de Marco Rubio sur CBS où la journaliste dit « mais enfin, et Maria Corina Machado et les élections, vous allez organiser des élections ? » Et Marco Rubio qui répond « des élections, ce n'est pas à l'ordre du jour, nous sommes en train de traiter les problèmes pétroliers ».
Alors, quelqu'un qui n'a rien compris, évidemment, c'est Macron qui continue d'essayer de poursuivre le changement de régime avec certains alliés de l'Union européenne. On y reviendra dans les déclarations au Conseil de sécurité de l'ONU notamment.
Mais pour l'instant, je dis bien, les États-Unis sont dans un moment où ils vont essayer une pression maximale sur les autorités vénézuéliennes pour s'accaparer les richesses du pays. C'est pour ça qu'il faut aussi relativiser les paroles de Donald Trump lorsqu'il dit « nous allons administrer le Venezuela, nous allons gérer le pétrole, les ponts, les routes, les ports, etc. ». Comment ? Comment en n'étant pas présent sur le terrain ? Comment en n'ayant pas une administration aux ordres ? Évidemment, là, tout va être jeu de pression et de négociation.
Quelles sont les pressions que les États-Unis peuvent exercer sur le gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela ?
1. La force militaire. D'ailleurs, Donald Trump a averti la présidente en charge, Delcy Rodriguez, en lui disant « si tu n'obéis pas à tous les désirs des États-Unis de s'accaparer toutes les richesses du Venezuela, alors nous allons faire une opération encore pire que celle de Maduro », donc la menace de mort, grosso modo. Donc, la force militaire.
2. Deuxième moyen de pression, aussi évoqué par Donald Trump, le blocus naval, c'est-à-dire ne l'allons pas administrer depuis le territoire du Venezuela, mais nous allons décider avec notre armada qui va pouvoir acheter du pétrole vénézuélien, à qui va aller le pétrole vénézuélien, puisque nous allons contrôler tous les tankers pétroliers qui entrent et qui ressortent du Venezuela. Bon, très bien, mais cette pression ne s'exerce évidemment pas que contre le Venezuela, ça s'exerce contre la Chine aussi. Je ne suis pas sûr que la Chine se laisse ‘pressionner’ et extorquer de cette manière. Le Venezuela non plus d'ailleurs.
3. Troisième moyen de pression et de négociation, que le Venezuela revende son pétrole en dollars, puisque le Venezuela le vendait en yuan, je rappelle que 85% du pétrole vénézuélien, autour de 600 000 barils par jour, allait en Chine et était payé en yuan. Mais le Venezuela n'a pas utilisé le yuan parce que c'est comme ça, parce qu'il a voulu, c'est qu'il a été progressivement, à cause du blocus économique et financier que les Etats-Unis font contre ce pays depuis décembre 2014, et là je renvoie, je vais mettre en note une chronologie du blocus des Etats-Unis contre le Venezuela, parce que je commence à en avoir marre de dire non, c'est plus de la faute de Maduro si l'économie s'est cassée la gueule, pas du tout. J'ai tenu une chronologie tous les jours depuis 2014 jusqu'à 2022, j'ai arrêté en 2022 puisque le gros des mesures avait déjà été pris, il y en a encore qui ont été prises depuis, je l'actualise. Il y a 36 pages
Ils ont fait crier l'économie vénézuélienne, ils ont étranglé l'économie vénézuélienne selon les mots de John Bolton en 2019, et donc ils ont déconnecté l'économie vénézuélienne du système dollar et déconnecté tous ceux qui voulaient commercer avec eux du système dollar, c'est-à-dire qu'il y avait des alliés par exemple, je pense à des banques turques, la relation entre la Turquie et le Venezuela est très bonne, et des banques turques par lesquelles passait le Venezuela, les utilisait comme intermédiaires, et les banques turques ont dû arrêter les transactions avec le Venezuela. Il ne s'agit pas que de banque turque, vous pouvez demander à la BNP ce qu'elle pense des sanctions américaines, elle a payé 10 milliards de dollars pour avoir commercé avec Cuba il y a quelques années. Donc évidemment, les banques turques ou d'autres ont d'autres clients que le Venezuela, ils ne veulent pas être déconnectés du système dollar.
C'est la même chose pour des compagnies pétrolières, par exemple la Chinese National Petroleum Company a dû partir du Venezuela en août 2019 pour les mêmes raisons, pour ne pas être déconnectées totalement du système dollar. Donc le Venezuela vend en yuan parce qu'il a été déconnecté du système dollar aussi.
Et donc là, si les États-Unis, ça va être intéressant de voir ce qui va se passer, si les États-Unis exercent cette pression au Venezuela en leur permettant de continuer à vendre du pétrole aux Chinois, je pense que de toute façon les contrats vont être honorés puisque là c'est la Chine qui se retrouverait en préjudice et donc ça serait un affrontement entre la Chine et les États-Unis.
Mais alors, comment vont-ils le payer ? Les États-Unis peuvent pressionner là-dessus. Il faudrait qu'ils lèvent en tout cas une partie du blocus économique et financier contre le Venezuela. Tout ça, évidemment, on va voir dans les semaines qui viennent qu'est-ce qui va être fait, qu'est-ce qui va être pris, quelles vont être les mesures de pression que les États-Unis vont exercer sur le Venezuela et puis comment le Venezuela va résister.
Parce que quand vous écoutez Mme Rodriguez, quand vous écoutez le haut commandement militaire ou pire encore, quand vous écoutez le peuple vénézuélien, il est déterminé à ne pas lâcher sur la souveraineté, à ne pas lâcher sur l'autonomie de leur modèle politique et à ne pas lâcher sur la dignité de leur pays. [extraits de vidéos de prises de positions publiques]
Donc, effectivement, on va voir comment cela va évoluer dans les prochaines semaines.
Au niveau diplomatique, on ne va pas parler des élucubrations et des contradictions internes de la France. On va juste rappeler que Jean-Noël Barrault a émis une position, ensuite Emmanuel Macron en a émis une autre. Cette position a été dénoncée par le Venezuela comme d'insolent propos. Et puis Emmanuel Macron est revenu à la première, celle qui avait été définie par Jean-Noël Barrault, on y reviendra un peu. On ne va pas parler de ça, c'est un détail insignifiant.
On va parler d'abord, de la position des pays latino-américains et puis de la position du Conseil de sécurité qui vient de se tenir à l'ONU. Et puis surtout, on va parler du Brésil en réalité, puisque la CELAC, la Communauté des États latino-américains et caribéens, s'est prononcée, et en réalité, elle n'a pas du tout fait consensus, et malgré les pressions internes du Brésil, il y a eu un document qui a été signé par cinq pays, plus l'Espagne, le Brésil, la Colombie, le Chili, le Mexique et le Uruguay. Donc pour le Brésil, c'est une défaite diplomatique, c'est-à-dire qu'il n'a pas pu, au-delà de ces pays, faire une position cohérente en Amérique latine. Pourquoi ? Parce qu'il y a des pays qui soutiennent complètement l'action des États-Unis. En fait, des pays, je mets vraiment entre guillemets, c'est plus des territoires étatsuniens administrés par des caisses enregistreuses de Washington, des proconsuls de Washington. Ces pays n'ont plus aucune souveraineté ni dignité. Donc là, je parle par exemple, évidemment, de l'Argentine, du Chili - le Chili va changer de gouvernement, donc le Chili de M. Boric a signé le communiqué du Brésil - la Bolivie de Rodrigo Paz, le Pérou, l'Équateur, le Panama, la République dominicaine, etc. , etc. Mais le Brésil n'a pas réussi à ramener des pays « modérés » entre guillemets, qui ne sont en réalité que des bouts de territoire états-uniens en Amérique centrale, comme le Costa Rica par exemple, ou le Guatemala. Je ne parle même pas du Salvador bien entendu.
Donc, défaite diplomatique du Brésil, parce qu'il n'a même pas non plus réussi à faire signer Cuba, le Nicaragua et des gouvernements plus radicaux, le Hondura par exemple, parce que le communiqué est assez tiède, assez modéré, et il condamne bien évidemment l'incursion guerrière des États-Unis contre le continent latino-américain, contre le Venezuela, mais n'appelle pas par exemple à la libération du président Maduro, qui est séquestré à New York.
Le Brésil en plus n'a été médiateur en rien finalement. Il faudra analyser, peut-être qu'on y reviendra et on fera quelque chose de plus spécial là-dessus, mais Lula se voulait depuis un an, et puis depuis quelques mois, comme le médiateur. Le Brésil se veut comme finalement le pays qui l'intermédiaire, on va dire, le pays qui modère, qui arrive à gérer les conflits diplomatiques au sein de l'Amérique du Sud. On se rappelle par exemple que le Brésil avait été en premier lieu pendant l'épisode de la réélection du président Maduro. Les États-Unis lui avaient délégué, on va dire, un rôle. Là, ils n'ont rien délégué du tout. Le Brésil n'a rien réussi à faire en médiation. Le Brésil n'a pas réussi à éviter la guerre chez son voisin, ni les conséquences de la guerre si elle se prolonge. Donc là, pour le Brésil et pour la CELAC, alors la CELAC évidemment explose en mille morceaux. Mais ça, ça venait de plusieurs années en arrière.
Alors on arrive au Conseil de sécurité de l'ONU, et il y a eu quatre groupes qui ont parlé. Ce qui est drôle, c'est que je ne vais pas revenir sur les interventions des États-Unis, qui évidemment ont justifié leur position au nom de l'illégitimité de Nicolas Maduro et de la lutte contre la drogue. Alors, il faut faire attention à ça, parce que le président du Pérou n'a pas été élu par exemple, donc il est totalement illégitime. Et le Pérou est le deuxième producteur de cocaïne, donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les États-Unis vont venir bombarder le Pérou ? Alors évidemment non, c'est une colonie des États-Unis, mais ça crée évidemment des grands précédents. Et en Amérique latine, ça passe totalement crème dans la plupart des pays soumis aux intérêts de Washington.
Voilà la position des États-Unis, la position du Venezuela, vous pouvez l'imaginer, elle défend sa souveraineté, elle dénonce l'acte guerrier et puis elle réclame la libération du président Maduro.
En fait, il y a quatre groupes, j'ai déterminé quatre groupes.
1. Ceux qui insistent pour un changement de régime et qui soutiennent l'action des USA, c'est très bien d'avoir arrêté Maduro, c'est très bien d'avoir bombardé, et il faut encore aller plus loin, il faut installer un régime, il faut installer Maria Corina Machado ou Edmundo González au pouvoir, il faut encore aller plus loin, on ne peut pas se résoudre à négocier avec le pouvoir chaviste en place. Alors là, on trouve par exemple l'Argentine de M. Milley, évidemment, le Paraguay, le Paraguay qui est l'un des 13 pays qui ne reconnaît pas la République populaire de la Chine, qui continue à reconnaître Taïwan comme le représentant de la Chine, et puis Trinida et Tobago. Qu'est-ce qu'on note ? On note que c'est trois pays latino-américains et ça, évidemment, c'est un très évocateur du moment que vit l'Amérique latine avec la reconquête des Etats-Unis sur le continent. Donc Argentine, Paraguay, Trinida et Tobago, ils soutiennent l'action américaine et plaident pour un changement de régime.
2. On a des pays qui très mollement ont condamné, mais alors vraiment très mollement, en 30 secondes, au début du discours, ont condamné l'action des Etats-Unis. C'est pas comme ça qu'il faut faire, il faut quand même respecter l'ONU, et puis qui ont passé le reste de leur intervention à dire que finalement, ce Nicolas Maguro n'est pas légitime et qu'il faut aller plus loin dans un changement de régime. Donc des pays qui veulent un changement de régime, mais qui très mollement ont condamné la forme de le faire. Là, on trouve la Lettonie, le Panama, la France, la Grèce et le Danemark.
Alors le Danemark, je m'arrête un petit peu là-dessus parce que le Danemark, très mollement, 10 secondes, dit que c'était pas comme ça qu'il fallait faire, etc. mais finalement, que Nicolas Maguro n'était pas légitime, n'avait pas les voix du peuple, donc on pouvait le comprendre. Mais vous savez qui n'est pas légitime et qui n'a aucune voix du peuple ? Frédéric X, le roi du Danemark, le chef d'État du Danemark. Donc il va pas falloir venir pleurnicher parce que selon le précédent mis en place par les États-Unis, ils peuvent très bien envahir une région administrée par le Danemark, le Groenland par exemple, parce que le chef d'État n'est pas légitime ! C'est une position suicidaire. C'est la position aussi de l'Union Européenne. C'est suicidaire. Et Trump l'a dit il y a quelques heures, il a dit « on s'occupera du Groenland dans deux mois ». Le Danemark aurait dû être dans les pays qui auraient dû défendre le Vénézuela, pas parce qu'ils aiment bien Maduro, peu importe, parce que ça risque de leur arriver. Ils vont se faire déposséder d'une partie de leur territoire et de leurs richesses d'ici la fin de l'année 2026. Alors c'est très grave.
Donc ces pays, deuxième groupe, ceux qui insistent pour un changement de régime tout en condamnant mollement la façon de le faire, Lettonie, Panama, Danemark, France et Grèce.
3. On a un troisième groupe qui condamne l'action des États-Unis de manière catégorique. Donc on a là le Bahreïn, le Pakistan, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du Sud et la Colombie. Ces pays condamnent l'action, aucun problème, ne rentrent pas dans les affaires internes du Vénézuela. On remarque aussi les pays tous du sud global. Et on remarque aussi que dans les pays qui soutiennent finalement l'action des États-Unis, on trouve des pays d'Europe et d'Amérique Latine.
Alors petite exception, il y a deux pays qui sont entre le groupe qui condamne le gouvernement de Maduro, mais pas la forme de l'enlèvement de Nicolas Maduro. On trouve deux pays, le Chili et l'Espagne, donc entre le groupe 2 et le groupe 3.
4. Et puis, on a le dernier groupe de pays sur lequel je vais m'arrêter un petit peu plus, qui est les pays qui condamnent l'action des États-Unis et qui exigent la libération immédiate du président Maduro et qui reconnaissent bien évidemment la continuité des autorités vénézuéliennes. Là, on a Cuba, le Nicaragua, l'Iran, l'Érythrée au nom du groupe d'amis de défense de la Charte des Nations Unies, l'Ouganda au nom du mouvement des non-alignés, la Russie et la Chine.
La Russie et la Chine ont exigé la libération du président Nicolas Maduro. La Russie a jugé l'action des États-Unis comme criminelle. La Chine a été très forte, je vous recommande de réécouter le discours de l'ambassadeur chinois à l'ONU, c'était très fort.
Évidemment, les Chinois ne sont pas contents du tout. Ils ne sont pas contents parce qu'ils savent, ils ont dû lire la stratégie de défense de sécurité nationale et ils savent qu'en Amérique latine, il s'agit aussi de lutter contre les adversaires économiques, donc contre eux, parce que les Chinois sont le premier partenaire commercial de la plupart des pays d'Amérique latine et au Venezuela, c'est le premier acheteur du pétrole vénézuélien. Donc évidemment, ils sont directement visés. Et puis, je rappelle que la veille de l'enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro se réunissait avec l'envoyé spécial de Xi Jinping, avec lequel ils ont revu les 600 accords économiques, financiers, culturels, sportifs, etc. qui lient le Venezuela à la Chine. C'est-à-dire que lorsque les États-Unis ont bombardé Caracas, l'envoyé spécial de Xi Jinping était présent et aurait pu être tué. Évidemment, je pense que les Chinois n'ont pas du tout apprécié.
Pour résumer un peu ce qui s'est passé à l'ONU, finalement, même si on regarde ceux qui ont condamné mollement et puis ceux qui ont condamné fermement, il y a une grande majorité des pays qui ont condamné l'action des États-Unis, bien évidemment.
Aujourd'hui aussi a débuté le procès contre Nicolas Maduro à New York. Donc, il est accusé de narcoterrorisme. Ça va être une parodie de procès en réalité, puisque l'accusation évidemment ne tient pas debout. C'est un procès politique, on a bien compris.
Le président Maduro a fait une déclaration d'une voix très ferme, sans se laisser impressionner. D'ailleurs, je vous invite à voir des images du président Nicolas Maduro lorsqu'il arrive enchaîné aux États-Unis. Il est droit, il est ferme. Quand il arrive au siège de la DEA, il souhaite une très bonne année à tous les agents qui l'entourent. Les agents qui l'entourent, se prennent des photos autour de lui, dans lesquelles Maduro montre qu'il est présent, qu'il est là. Et donc, au début de son procès, il a rappelé qu'il était le président légitime et constitutionnel du Venezuela, qu'il n'était pas du tout un narcotrafiquant et évidemment qu'il ne se déclarait pas coupable. Le procès a été repoussé en mars et on verra la défense qui sera adoptée par Nicolas Maduro dans ce procès politique.
Je vais finir sur un thème, je ne vais pas m'étendre non plus, mais je voudrais juste rappeler qu'il y a eu des marches massives des Vénézuéliens outrés, au Venezuela, pour protester contre le bombardement de leur pays et l'enlèvement de leur président.
Et puis, dans plusieurs villes dans le monde, par exemple des villes d'Amérique du Sud, comme Buenos Aires ou Lima ou Santiago, mais aussi Madrid, il y a eu des marches des Vénézuéliens qui ont décidé de migrer dans d'autres pays pour des raisons certainement économiques durant la crise économique due au blocus, dans les premières années du blocus. Et donc, on va en écouter quelques-uns.
« Le prix que nous devons tous payer en tant que Vénézuéliens est notre pétrole, oui, mais peut-être que nous nous porterons beaucoup mieux par la suite, vous comprenez ? Alors oui, maintenant, peut-être que de nombreuses personnes vont mourir, ou pas, espérons que non, mais c'est le prix à payer. »
« Nous espérons que les USA attaquent une deuxième fois et qu'ils procèdent véritablement au nettoyage nécessaire pour que le Venezuela redevienne le Venezuela. Nous attendons vraiment la seconde attaque. »
« C'est un honneur et nous remercions le président Trump, l'administration Trump, Marco Rubio, María Corina Machado, Edmundo González Urrutia. Je me suis réveillé, je dormais bien sûr, et bien sûr, j'ai ressenti de la fierté et de l'émotion en voyant que Caracas était bombardé »
C'est abject, c'est abject. Des gens qui se réjouissent que leur pays, leur famille restée au pays se fasse dézinguer sous des bombes. Et en fait, ça pose un énorme problème parce que la majorité, alors évidemment tous ne se reconnaitront pas, mais la majorité de la migration vénézuélienne n'est pas une migration politique, ce n'est pas des exilés, ce n'est pas des réfugiés. Ces gens-là peuvent revenir au Venezuela quand ils veulent. De fait, comme vous parlez avec certains, beaucoup reviennent en vacances et puis ils repartent dans les pays où finalement ils ont établi leur vie, parce que ce n'est pas des migrants qui sont partis l'année dernière. Généralement, la migration vénézuélienne, elle est des années 2015, 2016, 2017, 2018. Il n'y en a plus depuis 2020, 2021. De post-pandémie, il n'y a pas eu de nouvelle vague de migrants vénézuéliens.
Et donc, il y a un véritable gouffre qui s'est opéré entre les Vénézuéliens vivant au Venezuela, y compris les Vénézuéliens d'opposition qui vivent au Venezuela, et puis la migration vénézuélienne qui est absolument détestée dans tous les pays où elle a pris pied, et au Venezuela aussi. Les gens n'ont pas envie de les voir revenir puisque le pays s'est amélioré sans eux, la délinquance et l'insécurité ont disparu au Venezuela. J'en reviens, j'étais encore au Venezuela il y a dix jours, et je peux vous dire que vous savez certainement que j'y ai vécu plus de dix ans entre 2004 et 2015, le Venezuela aujourd'hui est beaucoup mieux que lorsque j'y vivais. Il n'y a plus d'insécurité, c'était une insécurité débordante avec un couvre-feu officieux dans les grandes villes, on entendait des tirs en permanence, ça n'existe plus, vous pouvez marcher dans la nuit jusqu'à pas d'heure, alors évidemment si vous nous écoutez depuis la Suède ou la campagne française, évidemment ça peut paraître normal, mais dans les grandes villes américaines, sud-américaines et américaines aussi, c'est assez courant ce genre de criminalité, et il n'y en a plus au Venezuela.
L'économie, tant bien que mal, est repartie, il y a eu selon le FMI 8% de croissance cette année, et on partait pour encore plus. Le Venezuela, miracle, je vous renvoie à un article, à une interview que j'ai faite de l'ancien ministre de l'économie qui explique ça très bien, que vous trouvez sur le site des 2 rives, qui nous explique comment ils ont fait pour, dans un pays pétrolier qui importait absolument tout jusqu'à encore il y a quelques années, désormais ils produisent 92% de ce qu'ils mangent, et l'industrie, enfin la petite et moyenne industrie, est liée aux besoins et aux nécessités du secteur agricole, c'est-à-dire qu'on est reparti sur un cercle vertueux, loin de la ‘maladie orange’ qui caractérisait ce grand pays producteur de pétrole.
Donc l'économie était repartie, je peux vous assurer que au Venezuela, les supermarchés sont pleins, les marchés sont pleins, le salaire minimum évidemment n'est pas de un dollar par mois, ça il n’y a que les imbéciles qui peuvent croire une chose pareille, un dollar c'est une bière, et les Vénézuéliens boivent beaucoup de bière, je l'ai encore prouvé ces derniers jours, donc évidemment ça c'est pas vrai, en réalité le salaire minimum dans le privé s'aligne sur les salaires minimums en Amérique latine, c'est-à-dire entre 250 et 300 dollars, les prix dans les supermarchés ou les marchés sont les prix, à peu de choses près, des produits à plus, des produits moins, sont les prix qui sont pratiqués dans la plupart des pays sud-américains comme par exemple la Colombie, comme par exemple le Pérou que je connais bien, où j'ai été récemment, j'ai pu aller dans les supermarchés, voilà.
Et effectivement, alors là moi j'y suis allé dans les périodes de fêtes, alors là c'était débordant. Les Vénézuéliens ont fait la fête pendant trois semaines parce qu'en plus il y a Noël, après Noël il y a le jour des innocents avec de grandes manifestations, des carnavals, etc. Et puis ensuite il y a le 31, je peux vous assurer qu'il y avait des fêtes de partout évidemment, alors qu'il y ait certaines personnes qui soient encore infectées économiquement, ben oui, ça c'est sûr, notamment dans la fonction publique où les salaires sont moindres mais compensés par de la nourriture ou par des bons d'ajustement structurel.
Le Venezuela va beaucoup mieux et en revanche il y a un gouffre total entre les migrants vénézuéliens qui vivent, si vous voulez je vais vous dire, pour aller vite, alors je ne compare pas les deux systèmes politiques, mais c'est comme si vous aviez une communauté par exemple française qui vivait dans les années 50-60, qui écoute Bourvil ou qui écoute Charles Trenet, qui ont des codes propres de cette époque, etc. Et puis un pays qui vit dans les années 2020, etc. Il y a un gouffre culturel et cognitif gigantesque puisque dans les migrants vénézuéliens de l'extérieur il y a des narratives communes, c'est-à-dire la narrative commune c'est « je suis dehors parce qu'il y a de bons tons de dire je suis un exilé politique » ou quoi que ce soit, pas du tout, 99% des vénézuéliens de l'extérieur peuvent revenir au Venezuela sans problème, il n'y a aucun problème là-dessus, alors évidemment s'ils ont un passé criminel ils vont être arrêtés, mais bon ça c'est dans tous les pays.
Et en fait ils ont leur esthétique commune, ils ont des musiques qui sont nées dans la migration, ils ont des humoristes communs, des référents communs, alors ça pourrait être rigolo si c'était cinq ou six mille personnes, quand c'est cinq millions de personnes et peu importe d'ailleurs que vous viviez à Santiago, Buenos Aires, Madrid ou Miami, c'est un socle culturel commun qui s'est construit dans la migration et plus au Venezuela et qui a de moins en moins de choses à voir avec le Venezuela, ce qui peut expliquer d'ailleurs pourquoi on trouve ces énergumènes qui sont très contents que leur pays et leur famille restée au pays soit bombardés.
Ça évidemment c'est un grand problème, c'est un grand problème parce que le blocus a fait exploser la communauté vénézuélienne.
Je voudrais finir sur un mot qui n'est pas le moindre, j'aurais pu commencer par ça, puisque j'ai vu aussi pas mal de déclarations de personnes qui se disent de gauche ou pire encore anti-impérialistes qui commencent le libre en disant bon Maduro est un dictateur qui a affamé son peuple mais les Etats-Unis n'ont pas à réagir comme ça etc. Et bien je vais revenir sur les deux affirmations, non Nicolas Maduro n'est pas un dictateur et non Nicolas Maduro n'a pas affamé son peuple.
On va commencer par le deuxième puisque j'en ai déjà parlé, il y a eu un blocus terrible financier économique mais aussi dans un pays où on ne produisait rien à part du pétrole et on importait tout, un blocus sur les médicaments, les pièces de rechange, les engrais ou les graines pour faire pousser de l'agriculture et donner à manger au peuple etc. Donc oui effectivement le blocus commence en décembre 2014 et de décembre 2014 il a été renforcé successivement pendant plusieurs années et le Venezuela a mis plusieurs années à y faire face, à trouver des réponses adéquates pour pouvoir empêcher le dégradement total du niveau de vie et ce qui a fait évidemment ce qui a provoqué une grande migration qui est une migration économique dû essentiellement au blocus.
Alors c'est pareil que Nicolas Maduro a détruit l'industrie pétrolière, non il ne l'a pas détruit mais c'est une industrie pétrolière qui dépendait dans tous ses composantes de l'industrie nord-américaine puisque c'est eux qui l'ont on va dire inaugurée au Venezuela avec des gouvernements qui leur avaient donné finalement les champs de pétrole. Donc effectivement dès l'instant où le blocus touche aussi toutes les pièces de rechange de l'industrie pétrolière, ça l'affecte et puis à cause du blocus le Venezuela ne pouvait plus vendre son pétrole c'est à dire qu'il est passé de 2 millions de barils de pétrole en 2011 à vendre jusqu'à je crois que c'était 100 000 en 2018. Le chiffre c'est de 1 à 100 c'est à dire que si vous gagnez le SMIC par exemple, vous gagnez 1200 euros, vous devez avec ça partager avec votre compagne et votre enfant et bien du jour au lendemain vous ne gagnez plus que 120 euros et vous devez maintenir le niveau de vie, c'est pas possible et tout ça c'est lié au blocus.
Si vous ne me croyez pas moi, pourquoi pas, mais croyez en les responsables états-uniens qui ont participé à ce blocus. Croyez John Bolton lorsqu'il dit en 2019 sur Univision, « nous faisons comme Dark Vador dans Star Wars quand nous étranglons quelqu'un. » Écoutez William Brownfield en 2018, Voice of America, William Brownfield diplomate états-unien, ancien ambassadeur en Colombie et au Venezuela.
« La meilleure solution serait d'accélérer l'effondrement de l’économie, même si cela entraîne une période de souffrance plus importante pendant des mois, voire des années. »
Écoutez Jeffrey Sachs, l'économiste Jeffrey Sachs dans son rapport où il témoigne qu'entre 2017 et 2018, en même pas un an, 40 000 Vénézuéliens sont morts des conséquences du blocus. Écoutez Thomas Shannon qui a été secrétaire d'État sous Barack Obama et qui dit « le blocus des États-Unis contre le Venezuela a eu les mêmes effets que les bombardements de Dresde et de Tokyo par les Alliés. »
Voilà, c'est ça que les États-Unis ont fait durant des années au Venezuela et qu’ils continuent de le faire. Aujourd'hui encore plus fort intervient un blocus naval. Donc non, Nicolas Maduro n'a pas du tout ruiné son pays. Au contraire, Nicolas Maduro, mais toute l'équipe du gouvernement bolivarien et surtout la présidente en charge actuelle, Delcy Rodríguez, ont essayé de trouver des moyens adéquats pour relancer l'économie et ils y parvenaient avant ces déclarations de guerre.
Et puis l'autre thème, c'est évidemment Nicolas Maduro le dictateur. Nicolas Maduro a été élu le 14 avril 2013. Dès que les résultats ont été promulgués, l'opposition a lancé ses groupes de choc et a été assassiné 11 chavistes, on a blessé 43 par balle. Depuis la première minute où Nicolas Maduro est arrivé au pouvoir, l'opposition extrémiste vénézuélienne n'a eu de cesse que de le renverser par tous les moyens possibles, y compris si cela avait pour conséquence la mort ou le sang de centaines ou de milliers de Vénézuéliens, peu importe leur camp politique.
Alors effectivement, au niveau policier, le gouvernement s'est raidit ces dernières années, c'est-à-dire que certaines choses qui étaient à peu près tolérées, qui étaient illégales et qui auraient été sanctionnées en France mais qui étaient à peu près tolérées il y a quelques années, ne le sont plus. Un exemple, par exemple, si des activistes déstabilisent le pays payé par un gouvernement étranger, ils vont désormais devoir rendre des comptes à la justice alors que, durant des années, le gouvernement, on va dire, laissait faire, non ? On va franciser ça. Imaginez un leader des Gilets jaunes qui est ou là des paysans français qui serait payé par l'Iran ou par la Russie. Imaginez ce qui se passera en France. En même temps, le gouvernement français aurait peut-être raison parce qu'il est hors de question de laisser un gouvernement étranger déstabiliser le gouvernement français ou l'État français.
Voilà ce qui s'est passé. Alors maintenant, est-ce que ça fait de Nicolas Maduro un dictateur ? Est-ce qu'il n'y a plus de démocratie au Venezuela ? Mais pas du tout. La liberté d'expression est partout au Venezuela. La démocratie participative et protagonique est la colonne vertébrale du chavisme. Dans tout le pays, il y a 50 000 conseils communaux et près de 5 000 communes, ce qui fait 14 millions de Vénézuéliens qui, tous les samedis, débattent des choses à faire dans leur communauté de voisinage, décident à main levée de manière très démocratique, ont des liens particuliers avec l'État. Tous les trois mois, organisent des référendums pour savoir quel projet au sein de la communauté va devoir être financé par l'État. C'est-à-dire que ce n'est plus l'État qui décide et qui impose ce qui doit se faire dans une communauté de voisinage, dans un lotissement, c'est les propres gens. Donc, il y a un nouveau modèle de développement, de démocratie qui se fait au Venezuela. Que vous l'aimiez, que vous ne l'aimiez pas, ça peu importe. On s'en fiche. De là à dire que c'est une dictature, non.
Donc, je voulais revenir sur ces deux trucs « Oui, en fait, ça [l’opération US] peut se justifier, car le Venezuela est une dictature et le gouvernement a ruiné l'économie ». Eh bien, non et non.
Et Nicolas Maduro n'est pas un narcotrafiquant, n'est pas un criminel. Nous l'avons répété, mais ce n'est pas nous, encore une fois. Ce n'est pas moi qui invente. Je ne dis pas un chiffre comme ça. Ce sont les rapports de l'agence de l'ONU contre le crime organisé qui montrent bien que le Venezuela a un rôle très marginal. Les rapports de la DEA des États-Unis montrent bien que le Venezuela a un rôle très marginal dans le trafic de drogue.
La plupart de la cocaïne qui va aux États-Unis passe par la côte pacifique, par les ports équatoriens et par les ports colombiens. La Colombie produit 65 % de la cocaïne dans le monde. Le Pérou en produit 20 %, la Bolivie en produit 10 %. La production de cocaïne en Colombie a augmenté sous les gouvernements affiliés aux États-Unis.
Les États-Unis ont des bases militaires en Colombie, ils n'ont rien fait pour endiguer le trafic de drogue. Il faut arrêter la mascarade. Tous les prétextes invoqués sont dérisoires.
Ce qui fait la guerre en ce moment, c'est le pétrole, c'est les richesses du Venezuela et c'est la menace de la concurrence de la Chine, notamment dans ce que les États-Unis considèrent leur hémisphère, leur terre.