Comité de Surveillance OTAN

Afghanistan

Accueil
Plate-forme du CSO
Alerte OTAN !
Communiqués du CSO

Articles

Documents officiels
Autres textes

Carte de l'Otan
L'Europe et l'Otan (2004)

Kosovo:
Fact-finding mission

Images
Archives
Liens

Contactez-nous !

imprimer

Interventions militaire et humanitaire?

Ludo De Brabander et Georges Spriet (Vrede), Pol De Vos (StopUSA)
6 février 2008

Le gouvernement belge a décidé d’augmenter sa présence militaire en Afghanistan et veut dorénavant participer aux opérations de combat. Des avions F-16 doivent fournir un appui aérien aux troupes hollandaises de l’OTAN qui opèrent dans des zones de guerre.

Il y a sept ans, quand la guerre a éclaté, le mouvement de la paix s'y est fortement opposé et ce pour diverses raisons. Avec cette guerre de représailles, l’OTAN a voulu répondre à la terreur par une contre- terreur, car comment appeler les bombardements à grande échelle dont la population civile aussi a été la victime. Nous avons mis en garde contre une escalade de la violence. Nous avons aussi dit que le terrorisme ne devait pas être combattu avec une déclaration de guerre, mais en supprimant le terreau qui le nourrit. Par la suite, nous avons expliqué que cette guerre rencontrait parfaitement les objectifs géostratégiques de Washington et par extension ceux de l’OTAN pour contrôler les sources d’énergie de l’Asie Centrale, aux dépens de la China et de la Russie. Enfin, nous avons averti pour les effets point de vue armement et militarisation générale. Terrorisme et Etats voyous étaient l’argument ultime pour mettre au point un complexe militaro-industriel renouvelé. Est venu s’ajouter entre-temps que l’ambition de l’OTAN comme garant de l’ordre mondiale dépend de sa réussite en Afghanistan.

Ce qui explique l’acharnement sur ce conflit impossible à gagner. Le résultat est connu entre-temps. A court terme les dépenses militaires au niveau mondial ont monté et on a accéléré la mise au point d’une capacité d’intervention, aussi bien à l’intérieur de l’OTAN que l’UE. L’industrie de défense bavait des contrats juteux et serait impliquée intensivement dans un groupe de travail qui a collaboré au volet sécurité et défense de la Constitution Européenne. L’agence de Défense Européenne a été fondé depuis et assure l’avenir de l’industrie d’armement Européenne. Les états membres de l’UE se sont engagés, dans le Traité de Lisbonne encore à ratifier d’augmenter leur armement (art. 28 A - 3). Important aussi est que toute la politique militaire de l’UE s’inscrit dans la stratégie de l’OTAN (art. 28 A - 7).

La décision Belge de participer à des opérations de combat en Afghanistan était prévisible. Pas seulement parce que la Belgique était sous pression d’autres alliés de l’OTAN, mais aussi à partir de la foi absurde qu’on peut créer stabilité et ordre avec une force de frappe militaire dans ce monde chaotique. Que la gestion de la défense belge devait se laisser guider par plus d’ambitions internationales, y compris des opérations à risque, pouvait se lire dans les programmes de parti du CD&V et MR. Maintenant que nous enverrons plus de soldats vers des régions en conflit, arrive sans doute le pas suivant: la croissance du budget de défense.

Nous nous étonnons de plus en plus comment on vend ça à la population comme une évidence tandis que le débat politique sur des questions essentielle n’arrive pas: quelles sont les causes fondamentales de guerre et violence? Des interventions militaires sont elles productives? L’attitude occidentale dans le monde est-elle un apport pour l’ordre et la stabilité? Et disposons-nous (OTAN, UE) de la légitimité nécessaire pour jouer le gendarme dans le reste du monde?

Si nous regardons le résultat des trois grandes interventions des dernières années (Serbie Kosovo, Afghanistan et l’Irak) on devrait sans hésiter mettre quelques points d’interrogation derrière ce genre d’interventions militaires robustes. Sans solution politique sur le terrain une intervention militaire risque seulement d’augmenter les souffrances.

On peut dire beaucoup de notre gestion géostratégique et économique. Finalement, nous pourchassons encore toujours nos intérêts. Dans des documents stratégiques des EEUU et de l’UE on lit toujours que l’approvisionnement en énergie doit être sécurisé. Le militaire est toujours avancé là dedans comme le pied de biche ultime. L’Irak illustre ça très bien, le gant de velours (et les ventes d’armes occidentales énormes) envers l’Arabie Saoudite aussi. Puis nos gouvernements continuent une adhésion absolue au dogme du marché néolibéral, tandis que les relations commerciales déséquilibrés d’aujourd’hui créent dans des tas de pays pauvres un déséquilibre économique avec toutes les conséquences au niveau sécurité. Notre condoléance avec les victimes ne se montre de toute façon pas dans les budgets de la coopération au développement qui restent en dessous de tout dans la plupart des pays Européens en comparaison aux promesses des années 60 et 70.

Ce qui nous amène à la dernière question. Se pourrait-il qu’à peine quelques décennies après la période atroce de la colonisation nous serions subitement inspirés par des sentiments d’indignation éthique? Nous fanfaronnons un peu facilement avec nos valeurs ‘supérieures' de démocratie et de droits de l’homme au moment où, avec la soi disante ‘guerre contre la terreur' des pratiques de torture sont considérés comme une technique d’interrogation normale. Lors de la ‘libération' de l’Irak et de l’Afghanistan des milliers de civils sont morts sous les bombes occidentales ‘humanitaires'. Depuis des chercheurs indépendants parlent de centaines de milliers de tués en Irak.

Aussi dans notre commerce des armes nos gouvernements sont mofflés. Le code de comportement Européen n’empêche pas que des masses d’armes arrivent dans des régions sensibles. Nos politiciens font semblant de lutte pour la paix au Moyen-Orient tandis que des régimes autocratiques Arabes et la puissance nucléaire Israël sont armés jusqu’aux dents. Le génocide au Ruanda a été précédé des fournitures massives d’armes par l’Europa.

Un débat de société s’impose sur notre gestion de la sécurité et de la défense. Mais, il faudrait de préférence un débat qui s'enracine dans la volonté d'assurer à tous, sécurité humaine pour tous et non pas une gestion qui est destiné a priori de rehausser notre imago militaire vers l’extérieur.

Que notre Ministre de la Défense montre donc un peu de retenue avant d’envoyer « nos garçons » dans les zones de guerre afghanes. Un dernier point: Nos collègues hollandais, que les militaires belges vont aller soutenir ont déjà perdu 14 de leurs soldats.

Ludo De Brabander et Georges Spriet (Vrede)
Pol De Vos (StopUSA)

Ludo De Brabander et Georges Spriet (Vrede), Pol De Vos (StopUSA)

Derniers textes publiés :

A quoi aura donc servi notre investissement dans l’armement ?
Roland Marounek

Afghanistan : l’échec cinglant de 13 ans de guerre
Dorothée Sudan et Samuel Legros
CNAPD

AFGHANISTAN : A quand une solution humaine pour les familles afghanes ?

Afghanistan - La guerre n’est pas finie !
Claudine Pôlet

Entretemps en Afghanistan...
Georges Spriet
VREDE

Le Plan de Petersberg II : Comment faire semblant de partir pour mieux rester après 2014
Claudine Pôlet

De la guerre contre les terroristes à la guerre à leurs côtés

Afghanistan : 10 ans de gâchis prémédité
Roland Marounek

Afghanistan : Bientôt 8 ans de guerre de l’Otan
Claudine Pôlet

Exit Strategy : le scénario en trompe-l'œil de l'Otan en Afghanistan
Roland Marounek

La Gauche francophone belge et l'Otan
Roland Marounek

Communiqué de presse : « Freeze for peace in Afghanistan »
La Plate-forme Afghanistan