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Alerte OTAN n° 14
juin 2004

Éditorial

Tintin en Afghanistan
Roland Marounek

La libération de Mordechai Vanunu vue par la presse francophone
Pierre Piérart

Des officiers à la retraite combattent pour la paix

Kosovo : Un protectorat bientôt ethniquement pur ?
Georges Berghezan


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Tintin en Afghanistan

 
  1. L’armée humanitaire.

En visite express en Afghanistan le 20 mai dernier, le ministre belge de la défense Flahaut s’est une nouvelle fois félicité de l’efficacité de la combinaison que constitue selon lui le mélange du militaire et de l’humanitaire. Sur le site officiel du  parti socialiste, on peut lire la déclaration de foi suivante : « Une armée humanitaire : André Flahaut a mobilisé les militaires belges au secours de la Démocratie, de la Paix et des Droits de l’Homme » 

Notre ministre est apparemment insensible aux multiples alertes des organisations humanitaires qui dénoncent précisément ce mélange des genres, mélange qui avait déjà été stigmatisé pendant les bombardements mêmes comme pur exercice de communication, lorsque les Étatsuniens servaient après un tapis de bombes des boîtes de rations alimentaires de la même apparence que les bombes à fragmentation -alors même que leur ‘intervention’ avait contraint à l’abandon dramatique des programmes humanitaires. Très récemment (mai 2004) des ONG ont été consternées de voir que l’armée américaine a distribué des tracts à la frontière du Pakistan appelant les Afghans à collaborer avec les militaires en donnant des informations sur les ennemis du moment en échange d’une poursuite de l’aide humanitaires aux populations.

Les forces d'occupations, en utilisant l'humanitaire comme une arme de propagande et une arme de rétorsion, mènent une politique désastreuse contre l'aide humanitaire : les combattants font inévitablement le même amalgame entre troupes d'occupation et soldats humanitaires, et les ONG, transformées malgré elles en agent de l'agresseur, plient bagage.

Cette confusion délibérée n’est pas nouvelle ; ce que beaucoup de Belges voyaient du Congo, ce n’était pas l’horreur de l’exploitation coloniale, mais bien les hôpitaux et les écoles bien propres tenues par de braves bonnes sœurs. Difficile de ne pas s'en souvenir, en voyant Tintin-Flahaut filmé en train de visiter une école pour filles modérément voilées de Kaboul. Comme dans ses précédents historiques, la rhétorique caritative sert encore de piteux cache-sexe aux motifs réels de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan.

  1. Légitime, la guerre d'Afghanistan ?

 « Nous, les peuples des Nations unies, avons décidé de préserver des générations successives du fléau de la guerre…» (Charte des Nations-Unies)

 Les pacifistes s'intéressent peu à l'Afghanistan. Le sujet gêne manifestement. Il y a eu très peu de protestations contre les bombardements en Afghanistan, et peu de voix s'élèvent contre son occupation par l'OTAN.

Ce qui tétanise l’opinion publique occidentale à propos de l'expédition afghane, c’est le sentiment que cette agression- était légitime. "les Etats-Unis avaient le droit de se défendre, ils devaient réagir face aux attentats du 11 septembre 2001". La charte de l'ONU fut même invoquée, l’agression bien préparée étant présentée comme "légitime défense" 

L’argument massue "Les USA ont été agressé – ils nous ont tellement aidé en 1944 c'est à notre tour de les aider",  fait passer comme "allant de soi" l'implication de l'OTAN.

Et pourtant il est établi que l’agression de l’Afghanistan était dans les cartons du régime Bush depuis des mois. Une pareille invasion ne s'improvise pas. Elle n'était que le premier acte d'une politique d'hégémonie globale exposée dès 1997 dans le document fondateur du 'Projet pour un Nouveau Siècle Américain' (PNAC), comme l'a démontré le BRussells Tribunal(1), document signé entre autre par Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. La place géostratégique de l'Afghanistan est essentielle dans cette politique de contrôle à long terme de l'Eurasie.

Le choc du 11 septembre a été cyniquement utilisé pour faire taire toute objection  à la politique impériale; comme l'avait laissé échapper le jour même Jo Moore, conseillère du Ministre britannique des Transports : « Sujet : relation avec les medias. C’est un très bon jour pour faire ressortir tout ce qu’on veut faire passer en douce »(2). Présenter l'invasion de l'Afghanistan comme une simple réaction aux événements du 11 septembre 2001 est une escroquerie, du même niveau que celle de l'Irak.

Du reste, on n'a jamais bien expliqué en quoi les Etats-Unis se défendaient-ils de terroristes saoudiens entraînés aux USA en ravageant l'Afghanistan, ni surtout en quoi cette opération allait apaiser les terroristes en puissance. Au vu des événements récents, c'est plutôt le contraire qui est en train de se produire, de manière tout à fait prévisible d'ailleurs.

Les histoires de laboratoires sophistiqués, d’armes biologiques et chimiques cachées dans les profondeurs des grottes afghanes se sont avérées être des mensonges grotesques, dont on aurait quand même pu se douter vu l’indigence des moyens mis en œuvre le 11 septembre.

            Enfin on n'insiste plus trop sur le but de guerre initialement affiché – capturer Oussama Ben Laden.  Après tout, il est aussi utile que Rastapopulos pour la suite des aventures…

  1. L’Occident est-il vraiment le mieux placé pour aider le peuple afghan ?

La touchante attention soudaine de la dite ‘Communauté Internationale’ – périphrase convenue pour  USA et alliés occidentaux  – est en soi assez intéressante. En 1998, Brzezinski. se félicitait dans une interview au Nouvel Observateur, d’avoir aidé les groupes islamistes fondamentalistes afghans les plus obscurantistes -dont bien sûr les fameux talibans et Oussama Ben Laden. Cette aide massive a été apportée avant même l’intervention soviétique, et l’a en fait provoquée(3). Et l’Europe occidentale n’était pas en reste, on se souviendra de la propagande répétée en faveur des Combattants de la Liberté voulant libérer leur pays de l’envahisseur soviétique. L’Occident a fait de son mieux pour que l’expérience socialiste échoue, et pour transformer l’Afghanistan en ce désastre actuel.

Il faudrait être d’une singulière naïveté pour imaginer qu’un déploiement militaire dans une région aussi stratégique, obéit à de purs sentiments humanitaires. Ce serait être particulièrement insultant à l’égard de Flahaut que d’imaginer qu’un homme politique aussi expérimenté et qui a une telle responsabilité, puisse faire preuve d’une si élémentaire naïveté.

L'image d'Épinal de l'Occident foncièrement bon conduisant ses expéditions militaires pour faire le bien des peuples conquis est évidemment balayé par plus de 5 siècles d'histoire, où de pareils bons sentiments ont toujours été placés en paravent .  Les affirmations selon lesquelles l'Occident va aider à la reconstruction de ce pays doivent être prises avec le même sérieux qu'en son temps celle de Léopold II qui déclarait vouloir combattre au Congo les esclavagistes arabes.

La priorité absolue des nouveaux maîtres de la région, c'est la construction de bases militaires, et de pipe-lines,  oléoducs et gazoducs. Pour le reste, c'est à mettre sur la même liste d'attente que la reconstruction du Panama, du Nicaragua, de la Somalie, de la Yougoslavie… ravagés, rappellez-vous, au nom du bien, de la liberté, de la démocratie, de l'humanitaire, de la lutte contre le terrorisme, barrez les mentions inutiles.

  1. “Répéter les succès de l’OTAN dans les Balkans”

A la fin de son mandat, Robertson avait déclaré vouloir répéter en Afghanistan le succès de l'OTAN dans les Balkans". Les récents pogroms au Kosovo ont levé un coin du voile sur ces merveilleux succès. La supercherie du succès de la pacification des Balkans par l’OTAN ne fonctionne que grâce au silence des médias sur la question. La  réalité des suites de l’agression et de l’occupation du Kosovo (et de la Bosnie) par l’OTAN, est mieux approchée par le dernier rapport d’Amnesty International sur la situation dans la province, où l'on révèle que les forces dites de maintien de la paix représentent un élément fondamental dans le développement sans précédent de l'industrie de la traite des femmes (4).

           Les succès rencontrés en Afghanistan sont en passe d'être tout aussi édifiants. Depuis la chute des Taliban, l'Afghanistan est redevenu spectaculairement le premier producteur d'opium, alors que sa culture avait été pratiquement éradiquée sous les Taliban; actuellement, il produit les trois quarts de l'opium disponible dans le monde. Loin d'être une bien paradoxale impuissance de l'OTAN, il semble plutôt que c'est une façon d'avoir la paix avec les seigneurs de guerre locaux(5).

            La libération du pays de l'intégrisme islamiste doit être également sérieusement relativisée. D’une part,  le pays (devenu République Islamique d'Afghanistan) est en fait revenu aux mains de l'Alliance du Nord, qui, avec toutes les autres forces anti-communistes, avait imposé la charia à Kaboul en 1994 ; d’autre part,  si à Kaboul même on tente d'afficher quelques résultats remarquables, tels que l'accession des filles à l'éducation, que se passe-t-il réellement à l'intérieur du pays ? Le silence des médias est en train de se refermer pudiquement sur la question. Il est essentiel pour vendre le prochain épisode : « l'OTAN en mission humanitaire en Irak ».

(1)   voir http://www.csotan.org/textes/BRussells.htm
(2)   http://www.transfert.net/a7516 et http://www.transfert.net/a7610
(3)  Brzezinski, 1998 : oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes… http://www.anti-imperialism.net/lai/texte.php?language_id=1§ion=BY&object_id=9238
(4)  Occupations militaires – la prostitution érigée en système. http://www.csotan.org/textes/texte.php?art_id=122&type=articles
(5)  Michel Chossudovsky estime même que la restauration du trafic de la drogue, parrainé par la CIA, pourrait être l'un des objectifs cachés de la guerre, cf La seule victoire en Afghanistan est celle de l'opium , http://www.lautjournal.info/autjourarchives.asp?article=1943&noj=229

Roland Marounek
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