Campagne Free Vanunu : Compte-rendu du voyage à Jérusalem de la déléguée du CSO
J'ai rejoint la délégation internationale "Campaign free Vanunu" à Jérusalem le 20.4 et participé aux actions seulement deux jours malheureusement. Nous étions 35 "internationaux" et une trentaine d'Israéliens se sont joints à l'activité à Dimona.
Vanunu a reçu la confirmation définitive que les restrictions sont prolongées pour un an et aggravées dans le sens qu'il ne peut même plus "parler des armes nucléaires". J'ai pu échanger quelques mots avec lui , deux ou trois fois. Il est très réservé, mais il a salué avec émotion Pierre pour son action de longue date et s'est inquiété de sa santé. Lui-même est confiné dans les limites de la St Georges Cathedrale. C'est à Jérusalem Est, donc "du côté palestinien", mais sous contrôle permanent et expansionniste des autorités israéliennes de Jérusalem-Ouest. Les Israéliens ont installé juste à côté de la St-Georges Cathedral, dans la même rue, une annexe du Ministère de la Justice. Le groupe a manifesté devant ce bâtiment pendant deux heures, on a vu la sympathie très forte des Palestiniens passant dans la rue, et la véritable haine des policiers et militaires israéliens chargés de notre surveillance. Pourtant on avait toutes les autorisations, les cdes israéliens s'étaient battus longuement pour avoir toutes les autorisations pour toutes les activités prévues.
Le jour avant mon arrivée, le groupe est allé à la Knesset. En principe, une commission de la Knesset devait rencontrer une délégation du groupe international "Campaign to Free Vanunu". Mais ils ont tout annulé en dernière minute. Donc il y a eu un sit-in devant le parlement. Ensuite, on est allé à Dimona, dans le désert du Negev, où se trouve la centrale nucléaire . C'était assez surréaliste: une centrale nucléaire qu'on ne pouvait bien sûr pas photographier et seulement regarder de très loin, un rassemblement dans le désert , plus de militaires et policiers que de manifestants. Mais quand même plusieurs représentants de la presse (Jerusalem Post et Haaretz) et des caméras de TV, dont une TV palestinienne. Il y a eu des répercussions de certaines actions dans les medias.: Une intervention très intéressante d'un député communiste à la Knesset, et de plusieurs Israéliens, je suis intervenue aussi, parlant des bombes atomiques en Belgique (dont aucun des participants ne savait l'existence...) et contre l'OTAN.
En Israel, comme en Belgique, tout le monde sait qu'il y a des bombes, mais les gouvernements et les parlements font silence. Une différence quand même: ceux qui osent en parler en Israel... se retrouvent en prison ou sont vraiment harcelés et sont considérés par "l'opinion publique" comme des traîtres. Ils sont courageux ces camarades israéliens.
Le communiqué fait en Belgique a été traduit en anglais et porté en direct à la maison de Sharon, devant laquelle le groupe a également manifesté.
Au moment où Israel négocie sa possible entrée dans l'Otan, ces actions sont particulièrement importantes et concernent directement notre CSO. Pourquoi un tel acharnement contre Vanunu? parce qu'il ne veut pas se taire sur les armes de destruction massive que possède Israel! pas pour de soi-disant secrets qu'il pourrait révéler. Comme le dénonçait le député israélien dans son discours: De quel droit Israel et les Etats-Unis vont-ils crier contre l'Iran alors qu'Israel est bourrée d'armes nucléaires et c'est le seul pays du Moyen Orient jusqu'à présent. Devant Dimona, les manifestants réclamaient la venue des inspecteurs: El Baradej doit venir ici! et aussi: il faut fermer Dimona! Vanunu est devenu le symbole d'une résistance au sein de la population israélienne à cette politique de Sharon-Bush.
Ce n'est pas facile de mener cette lutte là-bas. L'armée est omniprésente, il y a des check points à tous les coins de rue, c'est l'armée qui fait aussi la police, dans les gares, dans les rues, dans les batiments publics, n'importe où, ils sont là, à créer une psychose permanente, un sentiment d'insécurité, la peur, le repli sur soi. Et l'humiliation et l'étouffement à chaque instant aussi pour les habitants palestiniens de Jérusalem, qui sont refoulés insidieusement, mètre par mètre, dans leurs propres quartiers.
Claudine Pôlet, 25 avril 2005